Les fables de la fontaine livre 7

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 24 (5955 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 7 juin 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Fables de Jean de La Fontaine
Livre VII | |

Le mal marié
 
|»|

Quel le bon soit toujours camarade du beau,
          Dès demain je chercherai femme;
Mais comme le divorce entre eux n'est pas nouveau,
Et que peu de beaux corps, hôtes d'une belle âme,
         Assemblent l'un et l'autre point,
Ne trouvez pas mauvais que je ne cherche point.
J'ai vu beaucoup d'hymens; aucuns d'eux neme tentent:

Cependant des humains presque les quatre parts
S'exposent hardiment au plus grand des hasards;
Les quatre parts aussi des humains se repentent.
J'en vais alléguer un qui, s'étant repenti,
          Ne put trouver d'autre parti
          Que de renvoyer son épouse,
          Querelleuse, avare, et jalouse.
Rien ne la contentait, rien n'était comme il faut:
On se levait troptard, on se couchait trop tôt;
Puis du blanc, puis du noir, puis encore autre chose.
Les valets enrageaient; l'époux était à bout:
« Monsieur ne songe à rien, Monsieur dépense tout,
          Monsieur court, Monsieur se repose. »
     Elle en dit tant, que Monsieur, à la fin,
          Lassé d'entendre un tel lutin,
          Vous la renvoie à la campagne
     Chez ses parents. La voilàdonc compagne
De certaines Philis qui gardent les dindons
          Avec les gardeurs de cochons.
Au bout de quelque temps, qu'on la crut adoucie,
Le mari la reprend. « Eh bien! qu'avez-vous fait?
          Comment passiez-vous votre vie?
L'innocence des champs est-elle votre fait ?
          - Assez, dit-elle; mais ma peine
Était de voir les gens plus paresseux qu'ici:
          Ils n'ontdes troupeaux nul souci
Je leur savais bien dire, et m'attirais la haine
          De tous ces gens si peu soigneux.
- Eh! Madame, reprit son époux tout à l'heure,
          Si votre esprit est si hargneux,
          Que le monde qui ne demeure
Qu'un moment avec vous et ne revient qu'au soir
          Est déjà lassé de vous voir,
Que feront des valets qui toute la journée
          Vousverront contre eux déchaînée?
          Et que pourra faire un époux
Que vous voulez qui soit jour et nuit avec vous?
Retournez au village : adieu. Si, de ma vie,
Je vous rappelle, et qu'il m'en prenne envie,
Puissé-je chez les morts avoir pour mes péchés
Deux femmes comme vous sans cesse à mes côtés!

Le Rat qui s'est retiré du monde

Les Levantins en leur légende
Disent qu'un certainrat, las des soins d'ici-bas,
          Dans un fromage de Hollande
          Se retira loin du tracas.
          La solitude était profonde,
          S'étendant partout à la ronde.
Notre ermite nouveau subsistait là-dedans.
          Il fit tant, de pieds et de dents,
Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage
Le vivre et le couvert; que faut-il davantage?
Il devint gros et gras :Dieu prodigue ses biens
          A ceux qui font vœu d'être siens.
          Un jour, au dévot personnage
          Des députés du peuple rat,
S'en vinrent .demander quelque aumône légère:
          Ils allaient en terre étrangère
Chercher quelque secours contre le peuple chat;
          Ratopolis était bloquée:
On les avait contraints de partir sans argent,
          Attendu l'étatindigent
          De la république attaquée.
Ils demandaient fort peu, certains que le secours
          Serait prêt dans quatre ou cinq jours.
          « Mes amis, dit le solitaire,
Les choses d'ici-bas ne me regardent plus:
          En quoi peut un pauvre reclus
          Vous assister? que peut-il faire
Que de prier le Ciel qu'il vous aide en ceci!
J'espère qu'il aura de vous quelquesouci. »
          Ayant parlé de cette sorte,
          Le nouveau saint ferma sa porte.

          Qui désignai-je, à votre avis,
          Par ce rat si peu secourable?
          Un moine? Non, mais un dervis:
Je suppose qu'un moine est toujours charitable.

Le Héron

Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais où,
Le héron au long bec emmanché d'un long cou.
Il côtoyait une...
tracking img