Les fables

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  • Publié le : 13 avril 2010
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"Du temps d'Ésope la fable était contée simplement; la moralité séparée, et toujours ensuite", écrit La Fontaine dans sa préface du premier recueil. Il remarque que déjà Phèdre « ne s'est pas assujetti à cet ordre ». Lui encore moins. On note une grande variété dans les rapports entre la « moralité » et le récit : pas de morale du tout (VIII, 2 ou XI, 8), morale en tête (VII, 2), morale à la foisen tête et à la fin (VIII, 17 ou VIII, 1), morale répartie en divers points du corps même de la fable (VIII, 14 ou VIII, 27). On repérera aussi le procédé de la morale-énigme : le narrateur s'interroge sur la portée d'un récit ou même hésite sur les leçons qu'il comporte (VII, 3 ou VIII, 7). Tout cela - et surtout le dernier procédé - confère aux Fables de La Fontaine l'allure d'une conversation.C'est d'ailleurs un trait général de la littérature du XVIIème siècle de se présenter volontiers comme une causerie dans laquelle les récits apparaissent en "abyme". Plusieurs traits concourent à donner cette impression. Le narrateur peut s'adresser à une personne précise (dédicataires comme Mme de Montespan ou Mme de La Sablière). Il peut instaurer des dialogues avec le lecteur (L'Homme quicourt après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit, la fin de La Mort et le Mourant, ou encore Le Loup et le Chasseur) ou révéler sa présence dans le récit comme une véritable « intrusion d'auteur ». Celle-ci peut être de pure forme et n'engager pas vraiment l'auteur (voir le début du Mal marié), mais il arrive aussi qu'elle prenne la valeur d'une confidence élégiaque (Les deux Pigeons, LeSonge d'un habitant du Mogol). Allure de conversation poussée plus loin encore quand La Fontaine s'éloigne de la structure « officielle » de la fable pour se lancer dans des dissertations plus ou moins sinueuses (Un animal dans la lune, L'Horoscope, La Souris métamorphosée en fille, et à plus forte raison Le Discours à Mme de La Sablière.) Enfin des réflexions inattendues, insolites, peuventinterrompre le développement (ainsi pour le fameux "Mais un fripon d'enfant, - cet âge est sans pitié " des Deux Pigeons).
Ici comme ailleurs, la fantaisie semble donc régner, au gré de l'humeur et de l'écriture, justifiant qu'on puisse hésiter à qualifier vraiment La Fontaine de moraliste. On connaît les critiques de Rousseau : et si l'enfant concluait de la fable Le Corbeau et le Renard qu'il n'y arien de mieux à faire que de devenir flatteur ? En fait, le malentendu persiste sur 1e mot "morale". Au XVIIème siècle, la morale n'était pas normative, elle était, conformément â l'étymologie, la "science des mœurs", et les mœurs étaient, selon la définition de Furetière, les "habitudes naturelles ou acquises suivant lesquelles les peuples ou les particuliers conduisent les actions de leur vie".Autrement dit, la "morale" du XVIIème siècle ressemble plus à notre psychologie et à notre sociologie qu'à notre morale. D'autre part la morale traditionnelle du genre de la fable, si morale il y a, est une morale de petites gens (la légende fait d'Ésope un esclave), obligés, pour survivre, à une grande prudence, et qui peuvent difficilement s'offrir la "générosité" d'une morale aristocratique. Sil'on veut déterminer quelle est la grande leçon des Fables, on exprimera donc toujours une sorte de bon sens populaire, conforme d'ailleurs au « juste milieu » des classiques, prônant réalisme et modération.
Ce réalisme est en effet le produit d'une sagesse moyenne, rebelle à tous les principes d'erreur : "L'homme est de glace aux vérités; / Il est de feu pour les mensonges" (IX, 6). C'est decette disposition générale qu'il faut toujours se défendre. Elle prend la forme des préjugés (Les Devineresses), de la "vaine curiosité" (voir La Tortue et les deux Canards, où il est dit que l'imprudence, le babil, la sotte vanité et la curiosité appartiennent tous au même "lignage"), et surtout de la présomption (Le Coche et la Mouche, Le Rat et l'Éléphant). Connaître ses limites, se défier...
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