Les farces merveilleuses

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  • Publié le : 10 avril 2011
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LES FARCES MERVEILLEUSES
Alfonso Zurro

traduit de l’espagnol par Dorothée Suarez

Les Farces Merveilleuses. Un théâtre de formes anciennes. De quintessence. Un théâtre de villages, de places, de chemins… Fables et mondes qui prennent vie sur de petits espaces, comme ceux de charrettes ou d’estrades que transportaient les baladins du temps jadis. La mise en scène utilise des recoursthéâtraux simples, sans scénographie, faisant appel à l’imagination. Le vrai protagoniste est le comédien. Avec ou sans masque, au choix du metteur en scène. Ce sont, enfin, des saynètes qui rendront joyeux l’acteur dont le jeu favorisera la rencontre du personnage et du spectateur. (A. Zurro).

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GRANDE FARCE DE L’ENFANT ARAIGNEE…
…racontant les aventures et mésaventures d'une enfant-araignée ; avecson père, avec un impresario sans âme et avec divers autres personnages que le spectateur curieux saura apprécier.

(L'enfant-araignée. Un petit visage doux avec des yeux coquins, pour l'enfant. Un corps noir et velu, pour l'araignée. Ses huit petites pattes sont extrêmement fines et, quand elles bougent, elles le font comme dans une étrange danse de branches séchées). (Le père, dès qu'elle futau monde, devint un fidèle dévot du picrate bagarreur, cherchant à noyer son malheur dans le miracle quotidien de la biture). PERE : Avoir des enfants comme ça ! Avoir des enfants comme toi ! ENFANT ARAIGNEE : Je n'ai pas demandé à naître. PERE : Tais-toi, insolente. Et ta mère, hein ? Elle te met au monde et elle se barre, ni vu ni connu. Tiens, une fille-araignée et adieu. ENFANT ARAIGNEE :Elle est morte. PERE : Elle s'est barrée, ni vu ni connu. Mourir, c'est ce qu’il y a de plus facile. Ce qui fait chier, c'est être ici, à supporter ta vue, jour après jour, à chasser des mouches et des crapauds pour que tu manges, à bien te régaler de vin et à te laver cette carapace dure et répugnante. ENFANT ARAIGNEE : C'est ton devoir. PERE : Répondeuse avec ça, la gamine, tu vas te taire à la finou je t'envoie une beigne à te faire valdinguer de ta carapace. Si au moins tu avais l’apparence d’une enfant normale, même sans jambes ou qu'il te manque les bras. Ça me serait égal. Je pourrais t'emmener promener au parc. Mais comme tu es née comme tu es née... Voilà où on en est. ENFANT ARAIGNEE : Ce n'est pas de ma faute. PERE : Non, mais ! Par-dessus le marché je dois te supporter toi et laculpabilité. Moi, j'encaisse tout. Et toi, hein ? Si cet affront ne suffisait pas, tu es en plus une araignée invalide, avec des pattes d'ornement qui ne te servent à rien pour marcher. Tu es le malheur en personne. ENFANT ARAIGNEE : Arrête de me montrer du doigt et regarde-toi, car je suis sans doute pour toi un châtiment de Dieu. PERE : J’irai le voir ce Dieu, face à face, et je lui dirai mafaçon de penser. Ses châtiments sont seulement pour les pauvres, les riches et les marquis, eux, ont des enfants grands et intelligents. ENFANT ARAIGNEE : Je veux manger. J'ai faim. PERE : "Je veux manger". Je veux que tu te taises ! Et que fait le gouvernement pour les enfants araignée ? Le gouvernement se désintéresse de ces problèmes. De ceux-là et de beaucoup d’autres. Les enfants-araignéerevendiquent : un statut dans la société, la sécurité sociale, le chômage, la retraite et les restes de nourriture des banquets officiels. ENFANT ARAIGNEE : Et pour les parents ? PERE : Un emploi à vie dans les chais nationaux. ENFANT ARAIGNEE : Les rêves ne sont que des rêves.

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PERE : Pas question de rêves, action politique ! prise de conscience des masses laborieuses ! (Toc ! Toc !) On frappe.Qui ça peut être ? (Le père recouvre sa fille promptement pour que personne ne découvre sa honte). (Entre, en rasant les murs, l'hypocrite sourire de l'impresario). EMPRESARIO : Bonjour, monsieur. Je suis Rulez, le fameux impresario. PERE : Qu’est-ce que vous voulez ? EMPRESARIO : Ça n'a pas été facile de vous trouver, mais ce que je veux, je l’obtiens. Je viens engager votre fille. PERE :...
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