Les femmes criminelles en bretagne au xixe siècle

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 14 (3336 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 30 mars 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Les Femmes Criminelles en Bretagne au XIXe siècle

Si la Bretagne est un cas particulièrement significatif de la criminalité féminine du XIXe siècle, c'est parce que la région est parfaitement représentative de la France d'alors : un territoire encore largement rural, dans lequel règnent traditions, mœurs et modes de vie, dont le poids se révèlera insupportable, notamment aux femmes donc, quideviendront capables des pires dérives.
De nombreux facteurs peuvent être désignés explicatifs de ces dérives, parmi lesquels la misère, l'alcoolisme notoire, mais aussi la pression provoquée par la religion et l'honneur que l'on doit préserver à tout prix, ce qui vise tout particulièrement les enfants nés de relations illégitimes.
Loin donc de l'image de la criminelle sanguinaire et sans âmequi faisait l'objet de nombreuses légendes à l'époque, nous étudierons les différents aspects de la société d'alors, des aspects propres à faire basculer des femmes comme les autres dans le crime, qui se révèle être à leurs yeux l'ultime remède à leurs maux.

1)Le mariage forcé

Tradition plus que courante à l'époque, le mariage arrangé entre deux familles, la plupart du temps pour raisonsfinancières, est généralement accepté (plus ou moins bien et plus ou moins vite) par les premiers concernés, à savoir le mari et la femme. Voyant bien que le sort en est ainsi, et que cette union semble irrévocable sous peine d'être totalement renié par la famille, les jeunes gens s'y font et s'efforcent de vivre, si ce n'est agréablement, du moins en bonne intelligence. Dans la majorité des cas.Mais dans certains cas, rares mais d'autant plus dramatiques, l'union n'est jamais accepté par l'un des jeunes mariés et devient insoutenable tant le couple se déchire. Parfois jusqu'au drame.

C'est le cas de Marie Le Cam, jeune cultivatrice de 24 ans qui, en 1813, se retrouve mariée à Guillaume Ansquer, fils d'une autre famille de cultivateurs, qui a 19 ans au moment de l'union. Si cedernier est satisfait d'être marié à une jolie jeune femme par une union qui arrange les deux familles, Marie refuse cette idée, et juste après la nuit de noces, elle fuit son mari et retourne chez ses parents.
Après 3 mois de résistance, elle finit pas céder sous la pression des Ansquer ainsi que de sa propre famille et va vivre chez les parents de Guillaume. De plus, ce dernier y met de la bonnevolonté et essaye de se rendre agréable à sa récente épouse, comme tout le reste de la famille Ansquer d'ailleurs.
Mais rien n'y fait : Marie refuse sa nouvelle vie. La rupture est trop brutale pour elle, et malgré la gentillesse de sa nouvelle belle-famille, elle est décidée à s'extirper de sa condition.
Et c'est à peine plus d'une semaine après qu'elle se soit installée à la ferme des Ansquer queMarie passe à l'acte. En effet, le mercredi 19 mai 1813 dans la journée, à l'occasion du repas, Marie empoisonne à l'arsenic la soupe de Guillaume, qui mourra deux jours plus tard, après une longue agonie.
Marie, qui comptait ne jamais endosser la culpabilité de cet acte, est rattrapée par la justice qui, aidée par la servante de la maison, a retrouvé l'arsenic dans les affaires de la jeune LeCam, interpellée le 29 mai.
Elle continue cependant à nier le crime : elle parle de coup monté à son encontre et dit n'avoir même pas servi le repas ce jour là.
Et c'est là qu'un aspect important de la justice au début du XIXe siècle apparaît : le grand nombre d'acquittements. En effet, le Code Pénal en 1813 ne prévoit pas alors la possibilité de « circonstances atténuantes », et déclarercoupable une personne jugée pour empoisonnement équivaut à l'envoyer à la guillotine ; c'est « tout ou rien », pourrait-on dire...
Ainsi, dans le doute d'une hypothétique erreur judiciaire dont les conséquences seraient trop graves, Marie le Cam, et à l'instar de 75% des empoisonneurs en France dans cette partie du XIXe siècle, est acquittée par les jurés, la faute à un système judiciaire trop...
tracking img