Les huitres d'ostende bel ami

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  • Publié le : 22 juin 2010
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LES HUITRES D'OSTENDE - BEL AMI

Les huîtres d'Ostende furent apportées, mignonnes et grasses, semblables à de petites

oreilles enfermées en des coquilles, et fondant entre le palaiset la langue ainsi que des

bonbons salés,

Puis, après le potage, on servit une truite rose comme de la chair de jeune fille ; et les

convives commencèrent à causer.

On parlad'abord d'un cancan qui courait les rues, l'histoire d'une femme du monde surprise,

par un ami de son mari, soupant avec un prince étranger en cabinet particulier.

Forestier riaitbeaucoup de l'aventure ; les deux femmes déclaraient que le bavard indiscret

n'était qu'un goujat et qu'un lâche. Duroy fut de leur avis et proclama bien haut qu'un homme

a le devoird'apporter en ces sortes d'affaires, qu'il soit acteur, confident ou simple témoin, un

silence de tombeau. Il ajouta :

"Comme la vie serait pleine de choses charmantes si nouspouvions compter sur la discrétion

absolue les uns des autres. Ce qui arrête souvent, bien souvent, presque toujours les

femmes, c'est la peur du secret dévoilé."

Puis il ajouta,souriant :

"Voyons, n'est-ce pas vrai ?

"Combien y en a-t-il qui s'abandonneraient à un rapide désir, au caprice brusque et violent

d'une heure, à une fantaisie d'amour, si elles necraignaient de payer par un scandale

irrémédiable et par des larmes douloureuses un court et léger bonheur !"

Il parlait avec une conviction contagieuse, comme s'il avait plaidé unecause, sa cause,

comme s'il eût dit : "Ce n'est pas avec moi qu'on aurait à craindre de pareils dangers.

Essayez pour voir."

Elles le contemplaient toutes les deux, l'approuvant duregard, trouvant qu'il parlait bien et

juste, confessant par leur silence ami que leur morale inflexible de Parisiennes n'aurait pas

tenu longtemps devant la certitude du secret.
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