Les jeunes

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 11 (2703 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 9 juin 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Le comportement de la jeunesse a toujours posé de passionnants problèmes aux adultes. Aujourd'hui encore, cinéastes, auteurs dramatiques, conférenciers, parents, ne cessent de les évoquer en termes souvent contradictoires, mais qui offrent cependant ce point commun de n'être jamais indifférents. C'est que les jeunes ne passent jamais inaperçus. Chacun les voit selon son tempérament, avecsympathie ou antipathie. Reconnaissons que la sympathie l'emporte presque toujours. Et c'est bien normal ! Nul ne peut nier ce que la jeunesse apporte de fraîcheur, de générosité, de courage, d'enthousiasme même à une société vieillie dont elle est le ferment rénovateur. Ce sont des lumières qui ne jaillissent d'ailleurs pas sans provoquer certaines ombres : c'est l'opposition aux parents et auxgénérations antérieures par besoin de s'affirmer, ce que les humoristes appellent aussi le désir de "secouer le cocotier" ; c'est le dénigrement systématique des adultes qu'ils appellent, en commençant par les moins âgés, des "amortis", des "croulants", et enfin les vénérables antiquités des "Son et lumière" ; c'est enfin un goût prononcé pour une pensée à l'emporte-pièce qui méprise les nuances, s'enivred'absolu, manque d'esprit critique et s'oriente spontanément vers une violence qui, hélas, n'est pas toujours verbale. Nous n'insisterons pas davantage sur les lumières et les ombres de la jeunesse. Cela a été trop souvent dit et répété.

Désirant seulement nous placer à un point de vue plus sociologique que psychologique, nous voudrions montrer que la jeunesse actuelle vit dans des conditionsparticulièrement difficiles. On a l'impression d'une jeunesse désabusée qui se croit malchanceuse en voyant se dérober sous ses pas impatients la place à laquelle elle prétend. Elle est marquée par un certain déséquilibre, entre ce qu'elle désire et ce qu'elle obtient, entre ce que la société attend d'elle, et les maigres possibilités qu'on lui offre. En un mot, elle se sent réellement malheureuse etpeu aidée. Mais me direz-vous, cela a existé à toutes les époques. Je ne le crois pas. Oui, je pense sincèrement que les jeunes d'aujourd'hui sont plus malheureux que nous ne l'avons été en 1939. Mais pour quelles raisons, me demanderez-vous ?

Si cela est, je ne crois pas que ce soit pour des raisons d'ordre philosophique et moral. On a dit que le malheur de la jeunesse s'expliquait par lafaillite de la morale traditionnelle. Les jeunes ne comprendraient plus les valeurs auxquelles les adultes restent attachés et seraient à la recherche d'une nouvelle morale, recherche douloureuse et tâtonnante. Vraiment, je ne pense pas que les jeunes soient tourmentés dans leur ensemble par de tels problèmes. Les cas de conscience, les scrupules métaphysiques et les hautes spéculations ne semblentpas les attirer.

On a dit aussi qu'ils étaient malheureux en raison des angoisses du temps présent et des menaces de guerre. Croire une telle chose ferait faire injure au courage de nos jeunes. D'ailleurs, je ne suis pas sûr que les années que nous vivons même sous le signe des menaces de la guerre nucléaire, portent en elles plus de germes de malheur que d'autres. Les menaces d'exterminationont toujours plus ou moins existé et accablaient de la même façon les générations antérieures. L'adolescent que j'étais en 1939 dans un monde qui, rétrospectivement, me semble à tout prendre aussi inquiétant que celui d'aujourd'hui.

C'est pour d'autres raisons que la jeunesse actuelle est plus malheureuse que ne l'a été la nôtre. J'en vois deux : l'une est démographique, l'autre est sociologique.La première tire son origine de l'extension sous forme d'une progression géométrique du nombre des habitants de la planète et de leur nouvelle répartition sur les terres du globe. La seconde se greffe sur le problème que crée une civilisation chaque jour de plus en plus matérielle, sans cesse transformée par les progrès de la mécanisation, au point de multiplier à l'infini les besoins des...
tracking img