Les juifs du maroc un exil forcé

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1374 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 22 avril 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Juifs du Maroc : un exil forcé?

L’histoire d’une catastrophe qui n’a jamais eu lieu

Par Amina Boubia
Le Journal Hebdomadaire n° 341, du 15 au 21 mars 2008,
Casablanca, pp. 56-57.



Dans le contexte de la fin de la Seconde Guerre mondiale, de la création d’Israël et de l’indépendance du Maroc, la communauté juive marocaine quitte le pays par crainte. Retour sur une histoire marquéepar plus de peur que de mal.

C’est dans une ambiance très nostalgique et passionnée que se tenait dimanche 9 janvier au Centre Edmond Fleg de Marseille une journée des Juifs du Maroc. Au programme notamment : repas marocain, Oud et conférence de l’historien israélien Yigal Bin-Nun sur « la communauté juive du Maroc après l’indépendance ». Compte-rendu.

Qui dit histoire dit fin. En effet,selon Yigal Bin-Nun, la communauté juive du Maroc d’aujourd’hui – entre 2000 et 3000 personnes – n’a plus une grande importance comparé au passé. Mais l’historien insiste : « La présence juive au Maroc reste très importante d’abord dans la mémoire collective de la société marocaine musulmane, comme le montrent les sites Internet et toutes sortes de colloques valorisant ce passé juif. Ensuite, ily a ce phénomène – seul cas pour un pays arabe – d’une communauté juive marocaine dans le monde, en Israël, en France, au Canada et dans d’autres pays, qui a quitté le Maroc sans aucune amertume. Au contraire, plus qu’une simple nostalgie, cette communauté garde en mémoire quelque chose de très positif sur l’histoire du judaïsme marocain. ».
Une question se pose cependant : comment est-on passéde près de 160.000 Juifs à quelques milliers seulement aujourd’hui ? Dans l’histoire des Juifs du Maroc, la Seconde Guerre mondiale est indéniablement une daté clé du fait de ses profondes conséquences sur le judaïsme dans le monde. Peu après la fin du conflit, en 1948, l’Etat d’Israël est proclamé. Le nouvel Etat, qui ne compte alors que 600.000 Juifs, se tourne vers les populations juivesd’Afrique du Nord et plus particulièrement du Maroc pour mener à bien sa politique de peuplement. Enfin, après le Manifeste de l’Istiqlal de 1944, l’idée s’impose chez la communauté juive du Maroc que tôt ou tard la France sera amenée à quitter le pays. C’est donc dans ce contexte historique très mouvementé que cette communauté s’interroge sur son devenir, passant d’une position asioniste, voireantisioniste avant la Seconde Guerre mondiale à un sionisme soft après la guerre. La crainte d’une expulsion, de pogromes, de discriminations se fait de plus en plus sentir au sein de la communauté, ainsi que chez les organismes juifs internationaux et les dirigeants israéliens.
Pourtant, les risques pour la communauté juive au Maroc étaient minimes. Bin-Nun précise à cet égard que les émeutes anti-juivesd’Oujda et Jerrada de 1948 – 44 morts – et celles de Sidi Qassem de 1954 – 6 morts – étaient fomentées par les Français. Suivant la logique diviser pour mieux régner, ils espéraient ainsi se positionner comme protecteurs de cette communauté dans le contexte de la lutte pour l’indépendance. Les Juifs, eux, restaient méfiants à leur égard, étant plus attirés par les motivations nationalistes deleurs compatriotes musulmans. Le 2 mars 1956, le Maroc est indépendant et, très vite, les craintes de la communauté juive sont apaisées. Le Maroc accorde à la communauté juive les mêmes droits que la majorité. Des Juifs sont nommés à de hauts postes de responsabilité, y compris au sein du gouvernement.
Mais malgré cette donne rassurante, le Congrès juif mondial et les émissaires israéliens entamentdes pourparlers avec le gouvernement marocain et l’opposition pour garantir la sécurité et « la libre circulation » - parler de « départs » n’était pas politiquement correct – de la communauté juive, persuadés que des pogromes finiraient par éclater tôt ou tard. L’émigration clandestine se poursuit, des armes sont acheminées en secret et des jeunes formés à leur maniement en vue d’une...
tracking img