Les lettres portugaises

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  • Publié le : 18 avril 2010
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L’huis-clos du couvent pour cette confession amoureuse, ces cinq longs monologues, nous rappellent la tragédie classique en cinq actes et ses règles d'unité. Elles expriment également le pessimisme des moralistes classiques qui voit l'humanité déchirée entre des passions dévorantes et une raison froide et vertueuse.

Histoire de l’œuvre

Quand les Lettres portugaises paraissent en 1669chez Claude Barbin, un petit libraire parisien, le succès est immédiat. L’œuvre deviendra le modèle, sans cesse imité, de la lettre amoureuse, et même, plus loin, d’un art d’aimer : Stendhal, dans la vie de Rossini : « il faut aimer comme la religieuse portugaise, et avec cette âme de feu dont elle nous a laissé une si vive empreinte dans ses lettres immortelles ». Si ces lettres ont traversé lessiècles, on peut expliquer leur extraordinaire succès par leur qualité littéraire évidente, mais aussi par le mystère qui a longtemps entouré l’œuvre. L’histoire des Lettres Portugaises est, en elle-même, un roman (lire l’avertissement au lecteur). Les Lettres sont donc anonymes et présentées comme authentiques. Dès la première publication chez Barbin, le public est en haleine. Elles resterontlongtemps un livre à la mode et inspireront pendant plus d’un siècle d’innombrables ouvrages dans le monde entier. Le débat sur l’authenticité des Lettres fait rage. Une édition étrangère, datée de 1669, précise : « Le nom de celui auquel on les a écrites est M. le chevalier de Chamilly, et le nom de celui qui en a fait la traduction est Cuilleraque ». Ce « Cuilleraque » n’est autre que Guilleragues,un courtisan célèbre pour son esprit. Pourquoi aucun témoignage contemporain ne nous est-il jamais parvenu le désignant comme auteur des fameuses Lettres ? Il faut comprendre pourquoi ses amis (Racine, Boileau, Mme de Sévigné ou Mme de La Sablière) devaient se montrer discrets : trahir publiquement Guilleragues, c’était lui nuire, et c’était aussi déplaire au Roi qui avait fait de lui ledépositaire de ses affaires privées et secrets d’Etat.
C’est au XVIIe siècle, sous l’influence des éditions qui déforment à l’envie le titre et la présentation des Lettres que prend corps la légende de l’authenticité qui va se développer tout au long du XVIIIe siècle. « Nous n’avons guère de meilleurs ouvrages que ceux qui ont été écrits par des auteurs véritablement touchés des passions qu’ilsvoulaient exprimer, c’est ce qui a rendu si excellentes les Lettres d’Héloïse, les Lettres portugaises, et enfin, les lettres manuscrites de deux ou trois femmes galantes de ce temps. » dixit l’abbé de Villiers, 1699. Peu nombreux sont ceux qui doutent encore de la véritable existence de cette religieuse. Parmi eux, citons Rousseau.
Le XIXe voit s’ouvrir, pour les Lettres portugaises, une périodedite « historique ». L’érudit helléniste Boissonade publie le 5 janvier 1810 dans le Journal de l’Empire une note décisive : « sur mon exemplaire de l’édition de 1669, il y a cette note d’une écriture qui m’est inconnue : « la religieuse qui a écrit ces lettres se nommait Mariane Alcaforada, religieuse à Beja… » ». Des recherches furent donc entreprises pour identifier la religieuse, dontl’existence apparut bien réelle. Pendant 50 ans, la thèse « alcaforadiste » triompha sans partage.
Ce n’est qu’en 1926 que l’on commença à aborder l’origine des Lettres d’une façon enfin critique. L’anglais Frederick C. Green soulève des contradictions d’ordre historique et chronologique. Surtout, il découvre dans le Registre des privilèges du Roi un texte qui attribue pleinement la paternité del’œuvre à Guilleragues. Les spécialistes s’inclinent devant les faits, mais l’opinion reste divisée. Une autre famille d’esprit, convaincue de la thèse « alcaforadiste », s’efforce de maintenir le public dans ses illusions.
Un dernier problème persiste : tant sur le plan littéraire qu’affectif, les rapports entre les Lettres portugaises et son auteur n’apparaissent pas. C’est Léo Spitzer, puis...
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