Les liaisons dangereuses le film

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  • Publié le : 12 novembre 2009
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Les duellistes La scène liminaire de l’adaptation que Stephen Frears a faite du roman homonyme de Choderlos de Laclos permet non seulement de mettre en évidence l’importance des artifices vestimentaires et corporels dans le jeu de la séduction, mais également de révéler l’union dramatique et l’identité des deux héros libertins par le biais du montage alterné.


[1a]
D.R.Après qu’une main a ouvert une lettre laissant voir le titre du film (rappelant ainsi au spectateur la source romanesque et épistolaire de cette adaptation cinématographique), un premier personnage apparaît à l’écran. La nature de l’action (les préparatifs physiques des protagonistes) durant laquelle le générique s’inscrit à l’écran indique que cette séquence appartient à un moment précédant lavéritable entrée en scène des deux héros, autrement dit avant le début de leurs frasques libertines. Une femme, le visage sévère, le menton un peu haut en signe de défi, se mire dans un miroir [1a]. C’est la marquise de Merteuil, l’ alter ego féminin de ce libertin de Valmont dont la figure va tarder à se montrer dans cette séquence au montage alterné (le procédé de l’attente mime la coquetterie desmondains qui ne se présentent en public qu’une fois parés de leurs artifices physiques).
La marquise de Merteuil face à son propre reflet... Objet emblématique du libertinage, le miroir exalte l’amour-propre et engage la séduction puisqu’on s’y regarde et puisqu’on y est vu. Il permet d’agir et de se regarder agir. Démultiplicateur d’images, il abonde dans la littérature libertine comme il estomniprésent dans notre film. Les miroirs sont autant de « mises en abyme » de dédoublements suggestifs de la réalité et de soi. Ils poussent au narcissisme et à l’égoïsme des mondains qui soignent leur apparence et se conforment aux modèles culturels. La marquise de Merteuil les affectionne puisqu’ils lui permettent de s’admirer et l’aident à mettre en scène son comportement de rouée. Piège de lavanité et jeu constant entre la réalité et l’illusion, glaces et miroirs sont, par ailleurs, partout présents dans les appartements des Grands de la société du XVIIIe siècle. Enfin, moyen servant à la répétition d’une scène de séduction (le libertin ou la libertine apprend son rôle, essaie ses mimiques ou rejoue la comédie d’un sourire, [1b]), le miroir est d’abord solitaire ; c’est celui despremiers apprêts au saut du lit et d’une toilette indispensable loin des regards qui pourraient surprendre la Merteuil comme ici sans ses artifices de séduction et laisser voir la chair (signe de vulnérabilité) sous le cuir de la cruauté. Aussi, la préparation du corps, le maquillage, la coiffure, l’habillage se théâtralisent comme nous allons le constater. En attendant, la marquise de Merteuil-auteurobserve dans son miroir la Merteuil-actrice. Surprise en plein dédoublement nécessaire à la mise en scène de son propre personnage, la première semble ourdir un plan (le sourire est le signe de son arrêt) que la seconde, instrument de séduction de la perfide conscience de son Auteur, ordonnera bientôt : se venger de Bastide, un amant qui l’a éconduite, en « volant » la vertu de Cécile de Volanges,une jeune femme tout juste sortie du couvent, qu’il doit épouser, et ceci par le biais du terrible Valmont. Valmont dont les nombreux valets organisent parallèlement le réveil dans une sorte de ballet d’une grande théâtralité. Chacun d’eux remplit une fonction dans ce qui constitue un véritable cérémonial du lever où chaque geste de la domesticité, calculé et précis [4], œuvre à la premièrereprésentation quotidienne du maître. Retour à la marquise de Merteuil, silencieuse et un peu lasse, dont les femmes de chambre préparent le généreux décolleté [6] pendant que Valmont, la tête enveloppée dans un linge, est entrepris par un manucure et un barbier qui lui épile l’intérieur du nez [7]. Une servante place un cerceau de jupons autour de la taille de la Merteuil [8] ; Valmont choisit ses...
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