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  • Publié le : 21 décembre 2010
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Envoyé par Sabine.
Quelles réflexions vous suggèrent ces considérations de Soljenitsyne résumées par Marthe Robert : « Mégalomanies du roman, d’après Soljenitsyne : le roman n’est pas seulement un puissant moyen d’expression, mais tout bonnement le révélateur de la vérité Grâce à l’ampleur et à la justesse de sa vision intérieure, le romancier surpasse de loin l’historien et le savant,lesquels, comme chacun sait, n’ont sur les phénomènes que des vues partielles et bornées, jamais cette préséance du tout qui sait reconstituer les faits avec leur sens vivant Où le spécialiste est forcé d’aller à tâtons pour recueillir un matériel morcelé, le romancier a le don de clairvoyance qui l’apparente au prophète et au grand maître spirituel »

|Introduction|

La mort plusieurs fois annoncée du roman, est sans cesse contredite par la fécondité des écrivains contemporains ; certains le dotent même d’une dimension prophétique qui amène sous la plume de Marthe Robert ce jugement lapidaire : « Mégalomanie du roman », jugement qu’ellejustifie en rapportant les conceptions de Soljenitsyne Celui-ci ne considère pas seulement le roman comme « un puissant moyen d’expression », mais aussi comme le « révélateur de la vérité ».
Cette vérité dépasse de loin les prétentions scientifiques de certains romanciers du XIXe siècle : issue d’une « vision intérieure », elle est due à « une préséance du tout qui s’est constituée des faitsjusqu’à leur sens vivant » Il s’agit moins d’un savoir que d’un « voir », d’un don de « clairvoyance » qui apparente le romancier au  « maître spirituel ».
Ce passage de l’expression à la l’intuition visionnaire correspond bien à la volonté de certains romanciers, mais pose le problème délicat de la vérité, de leur vérité.
Le lecteur n’attend-il pas tout autre chose de l’écrivain et nes’intéresse-t-il pas davantage à l’œuvre d’art qu’à une nouvelle bouteille lancée à la mer par un romancier-mage ?
Il aurait tort cependant de mésestimer l’ambition du romancier russe et nous serions tentés de la reformuler en pensant que la vérité du roman et la clairvoyance du romancier, sont soumises à une forme qui suppose la quête et l’interrogation plutôt que la réponse.

|Du moyen d’expression à laclairvoyance |

1. un puissant moyen d’expression

« La mission de l’art n’est pas de copier la nature mais de l’exprimer », disait Balzac. Il s’agit de faire sortir du réel ce qui n’y figure pas vraiment, d’où le choix du réel qu’on fait rentrer dans le roman. C’estun phénomène de recomposition : tout roman est construction ; et parce qu’il est construction, il impose un sens (cf. début de La princesse de Clèves ; Proust, lui, désire faire repartir le roman dans l’écriture, d’où un art d’écrire, une réflexion sur l’art avant toute chose ; chez Stendhal, le rouge et le noir, Julien, au début du roman, est représenté comme quelqu’un de passionné pour lalecture).
Mais le roman est aussi stylisation et création de types avec abstraction progressive du personnage : « [Les personnages] ne vivent qu’à condition d’être une grande image du présent (…) ; conçus dans les entrailles de leur siècle, tout le cœur humain se remue sur leur enveloppe ; il s’y cache souvent toute une philosophie » (l’ Avant-propos de 1842 de la comédie humaine, Balzac).
Onpasse ici du présent à la généralisation. On part d’un réel présent pour aboutir à une expression par essence qui est la philosophie. Cela suppose que le romancier a un point de vue, une philosophie, un projet et se sert du roman comme l’expression et la démonstration d’une réalité que lui seul détient.

2. Le révélateur de la vérité

Soljenitsyne nous donne des significations sue sa...
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