Les loups et les brebis

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  • Publié le : 27 mars 2011
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Les Loups et les Brebis

Recueil : I, parution en 1668.

Livre : III.

Fable : 13, composée de 21 vers.

Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les Loups firent la paix avecque (1) les Brebis.
C’était apparemment le bien des deux partis :Car si les Loups mangeaient mainte bête égarée,
5 Les Bergers de leur peau se faisaient maints habits.
Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
Ni d’autre part pour les carnages :
Ils ne pouvaient jouir qu’en tremblant de leurs biens.
La paix se conclut donc ; on donne des otages :
10 Les Loups leursLouveteaux, et les Brebis leurs Chiens.
L’échange en étant fait aux (2) formes ordinaires,
Et réglé par des commissaires,
Au bout de quelque temps que Messieurs les Louvats (3)
Se virent loups parfaits et friands de tuerie,
15 Ils vous prennent le temps que dans la bergerie
Messieursles Bergers n’étaient pas,
Étranglèrent la moitié des Agneaux les plus gras,
Les emportèrent aux dents (4), dans les bois se retirent.
Ils avaient averti leurs gens secrètement.
20 Les Chiens, qui, sur leur foi (5), reposaient sûrement,
Furent étranglés en dormant :
Cela fut sitôtfait qu’à peine ils le sentirent.
Tout fut mis en morceaux ; un seul (6) n’en échappa.

Nous pouvons conclure de là
25 Qu’il faut faire aux méchants guerre continuelle.
La paix est fort bonne de soi,
J’en conviens ; mais de quoi sert-elleAvec des ennemis sans foi ?

(1) Avecque : pour la versification une syllabe de plus est ainsi créée.
(2) Aux : selon les habitudes des formes ordinaires.
(3) Louvats : mot de style burlesque, formé à partir du provençal « lovat ». Il signifie la
même chose que louveteau.
(4) Aux dents : entre leurs dents.(5) Sur leur foi : qui se fiaient avec sûreté à leur parole.
(6) Un seul : pas un seul.

ÉTUDE ANALYTIQUE

Introduction

Comme le conte philosophique, la fable est un apologue. En effet, c’est un récit distrayant qui contient une morale, parfois implicite. Dans ses fables, le narrateur a le regard scientifique surplombant d’un zoologue ; celadonne l’impression qu’il domine, qu’il maîtrise les défauts humains et qu’il s’en amuse. Il nous donne également l’impression que les comportements humains appartiennent à des lois naturelles, ce qui les rend d’autant plus dérisoires. Le pouvoir des fables tient dans cet habile mélange de récit et de morale, rappelant les vers initiaux de la fable 1 du Livre VI, Le Pâtre et le Lion :
Les fablesne sont pas ce qu’elles semblent être. […]
Une morale nue apporte de l’ennui ;
Le conte fait passer le précepte avec lui.
Poèmes, récits chargés d’une dimension morale et saynètes tout à la fois, les Fables de La Fontaine n’ont cessé de susciter l’admiration et de servir de modèle depuis plus de trois siècles.
La fable 13 du livre III, Les Loups et les Brebis, fait partie du premier recueiloù le bestiaire et l’imaginaire du fabuliste sont très présents et s’orienteront vers une réflexion plus sérieuse et sentencieuse dans le second. La Fontaine a été inspiré par son prédécesseur antique Ésope, « Les loups et les moutons », dont la leçon se voulait politique : « Il en est ainsi dans les États : ceux qui livrent facilement leurs orateurs ne se doutent pas qu’ils seront bientôt...
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