Les motifs de l'intervention publique

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  • Publié le : 12 décembre 2010
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État, marché et concurrence Les motifs de l’intervention publique
Qu’est-ce qui, fondamentalement, amène l’État à intervenir dans le jeu du marché ? Le rôle régulateur des pouvoirs publics peut se justifier théoriquement par l’existence de défaillances de marché, qu’il s’agisse des externalités, des biens collectifs ou des monopoles naturels, qui empêchent le marché d’aboutir à une solutionoptimale en terme de bien-être pour la société. Toutefois, les détracteurs d’un quelconque rôle dévolu à l’État dans l’économie soulignent que les coûts générés par l’intervention publique, pour compenser ces défauts, peuvent parfois dépasser ceux issus du libre jeu du marché. Yves Croissant et Patricia Vornetti présentent une synthèse des débats sur cette question incontournable de la scienceéconomique. C. F.

Toujours est-il que le rôle économique de l’État se conçoit difficilement en dehors de sa relation au marché. En particulier, si l’on se place dans une économie de marché, une condition nécessaire de la légitimité de l’intervention publique est que l’État soit susceptible de faire mieux que le marché.

Les trois domaines de l’intervention publique
Faire mieux, mais selon quelcritère ? Étant données la rareté (relative) des ressources disponibles et la diversité des moyens de les employer, l’objectif qu’il paraît naturel de chercher à atteindre est que ces ressources soient utilisées au mieux, qu’elles ne soient pas gaspillées. La définition traditionnelle que la science économique donne de l’absence de gaspillage correspond au critère de Pareto : l’utilisation desressources est considérée comme efficace s’il est impossible de trouver une autre allocation qui soit jugée au moins aussi bonne par tous les agents économiques et strictement meilleure par au moins l’un d’entre eux. Or, sous réserve que certaines conditions soient remplies, le seul jeu des mécanismes de marché, animés par des agents qui n’ont à l’esprit que leur intérêt personnel, conduit à une situationqui satisfait ce critère d’efficacité. Autrement dit, l’équilibre d’une économie de marché sans État constitue un optimum parétien (1). De là à conclure que l’État est fatalement « celui qui dérange » l’ordre idéal du marché, il n’y a qu’un pas… qui ne peut toutefois pas être franchi, et cela pour trois raisons. • D’abord, les mécanismes de marché ne parviennent pas nécessairement à coordonner lesactions des différents agents de manière telle que l’économie atteigne un équilibre (les marchés peuvent témoigner de rigidités qui aboutissent à un « équilibre de sousemploi », se caractérisant, par exemple dans le cas du marché du travail, par un chômage qui dépasse son niveau « naturel »). Cette « ankylose » de la main invisible justifie la mise en œuvre par l’État d’une politique destabilisation économique visant à (r)établir l’équilibre. • Ensuite, l’équilibre de marché n’est un optimum parétien que si certaines conditions sont satisfaites (2). Les cas où elles ne le sont pas correspondent aux « défaillances du marché » (market failures). Elles ouvrent la voie à une intervention palliative de l’État au travers d’une politique d’allocation des ressources visant à assurer l’optimalitéparétienne.

Concurrence et régulation des marchés Cahiers français n° 313 État, marché et concurrence 3

e nos jours, rares sont ceux qui nient la nécessité d’une intervention publique dans l’économie. Aussi peu nombreux sont ceux qui contestent l’intérêt du recours aux mécanismes de marché. Un consensus semble ainsi avoir émergé autour d’une « troisième voie », entre le tout-État et letout-marché, entre le dirigisme étatique radical et le laissez-faire absolu. Cette troisième voie est large et les divergences sont grandes quant à la position de la ligne de partage. Elles résultent tant de désaccords sur la nature et l’ampleur des imperfections de chaque mode de régulation que d’appréciations différentes de la facilité avec laquelle ces dernières peuvent être corrigées.

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