Les noces secrètes

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  • Publié le : 21 mars 2011
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Gérard Caramaro

Les Noces secrètes
Roman

I ........................................................................................... 8 II ......................................................................................... 11 III .......................................................................................14 IV........................................................................................16 V .........................................................................................18 VI ........................................................................................21 VII ..................................................................................... 24 VIII ....................................................................................28 IX........................................................................................31 X ........................................................................................ 35 XI....................................................................................... 38 XII ..................................................................................... 40XIII.................................................................................... 42 XIV .................................................................................... 44 XV...................................................................................... 48 XVI .....................................................................................51 À propos de cette édition électronique............................ 54

Lucile m’est apparue comme ça, à l’automne, entre un rougeoiement de vignes et un envol jaune de feuilles. Comme une revanche faite aux coups du sort, il paraît, parfois, qu’un esprit très bienveillant veuille nous éclairer l’existence. C’est, dirait-on, un cadeau qui nous arrive alors, nouvelle, succès ou rencontre, une pluie en terre de sécheresse ou le feu croisé au cœur del’hiver. Elle est venue, ainsi, radieuse et mutine, la bouche au trouble passé et l’œil noyé de clair. Si je devine là, mécréant, une main ou, mieux, une baguette féerique, c’est parce que Lucile m’a regardé et adopté. Bien sûr, j’ai voulu lui donner les mots, lui expliquer, l’envelopper, mais elle ne savait que rire. Les armes m’en tombaient. Lorsque, impuissant, je ne sus plus que la regarder,empli de gratitude, de peur et d’émerveillement, Lucile rit, et elle fut la lumière. Quand je lui parlais, et je la croyais attentive, elle n’était plus humaine, mais déjà splendeur déconcertante. Qu’étais-je donc, moi, chemineau du charme, séducteur tôt fourbu, forteresse vide, superbe naguère ! Un autre. Je fondais, Lucile, mon âme bleue et grise, elle couverte de cicatrices, coulait, et jevoulais qu’elle te pénétrât ! Ma brève vie d’avec Lucile ne fut pourtant pas qu’angélique et, là encore, sa sensualité me déroutait. Elle ne me donnait pas à caresser un corps de femme neuf, un autre, avec ses belles différences, non, mais un souffle. Ses chairs savaient se transformer sous mes paumes, mais il me semble que c’est un nuage que je m’obstinais à
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embrasser. Dans leur fermeté même,leur luxuriance et leurs apothéoses, elle gardait une dimension étrange et impalpable. La seule assurance vraie que je garde de la carnation de Lucile est sa bouche. Tendre, grande, vive, brûlante et avide, tout à la fois rouge, étincelante, fraîche et souple, elle attise le regard et la furie sans doute. Elle est la vivacité du vent et elle engendre, toujours, des cascades de rires ou de rauquespsalmodies. Elle est l’antre primordial, le plus ancien rêve de l’homme, la caverne et la source, aérienne et nocturne, la vague lunaire réchauffée de désir en son sein. Oh ! Lucile, par quelle alchimie as-tu su sans volition et sans travail me transmuer en feu, haleine incandescente au piège de la retenue ? Pont prisonnier de son enjambement, j’errais en toi suspendu hors de l’heure, et tu...