Les obséques de la lionne

"Les Obsèques de la Lionne", Jean de la Fontaine, 1678

Introduction : La Fontaine est un auteur du XVIIème, siècle du classicisme, courant qui se veut pédagogue, tout en offrant des œuvres plaisantes à la lecture. La Fable se prête bien à cet idéal puisqu'elle se compose du récit, dont la fonction est d'illustrer la morale : 'Le corps est la fable ; l'âme la moralité" dira La Fontaine.
"LesObsèques de la Lionne" est tiré du deuxième recueil des Fables, dédiées au Dauphin, alors âgé en 1668 de 7 ans. Le fabuliste affirme dans l'Avertissement qu'il a donné à ce recueil "Un air et un tour un peu différent". En effet, il ne se contente plus d'amplifier les canevas ésopiques par des traits familiers, mais a cherché à les enrichir à partir des apologues de l'indien Pilpay par exemple.Les sujets eux aussi s'élargissent et se diversifient dans cette deuxième parution : la question de l'absolutisme royal et de l'homme confronté a ce dernier y est très présente. L'observation porte sur tous les aspects de la vie à la Cour, notamment sur les rapports entre Roi et courtisans, sujet des "Obsèques de la Lionne"
Nous verrons comment La Fontaine retient l'attention par un récit plaisantpour lui apporter une morale critique et didactique.

I. Un récit plaisant
1. La vivacité de la Fable
● Utilisation de nombreux passés simples vers "mourut" v.1, "Il fit" v.7, de verbes d'action "chacun accourut" v.2 forme dynamique
● Utilisation de connecteurs temporels "aussitôt" v.2, "jadis" v.36, "alors" v.39 assurent la progression de l'action
● L'alternance des différents mètres(alexandrins, octosyllabes) , de nombreuses prises de paroles fable polyphonique avec changement de tempo, qui maintiennent l'attention.

2. La variété des espaces de parole
● De multiples prises de paroles retranscrites au discours direct, indirect, indirect libre ou narrativisé : le roi au DI, DIL et DD, les courtisans au DN et au DD v.50 avec l'emploi du "on" qui met en valeur l'unanimitédes réactions", le cerf au DD v.39-49 avec l'habile insertion du pseudo discours de la Lionne, mais aussi du fabuliste lui même qui s'exprime en personne v.17-23 ou v.52-55 en utilisant le présent de vérité générale variété des points de vue, récit vivant

3. Un schéma narratif respecté
● Respect d'un schéma narratif : situation initiale v.1-16 avec le deuil royal, élément perturbateurv.25-29 avec la dénonciation du cerf, puis le réquisitoire condamnant le cerf v.33-38 (on peut voir la rapidité du procès dans le rejet, contre-rejet v.33-35) et la plaidoirie de ce dernier v.39-49 constituent les 2 péripéties, ensuite v.49-51 on trouve l'élément de résolution, le coup de théâtre du pardon accordé au cerf, qui reçoit en plus un "présent", enfin la situation finale qui n'est pas donnéeexplicitement mais qu'on peut deviner aisément de nombreux rebondissements.

II. Une morale critique et didactique
1. Critiques des courtisans
● Rimes antithétique des vers "être" v.19 et "paraitre" v.20 critique de l'hypocrisie des courtisans.
● Champ lexical de la comédie dans les 23 premiers vers "compliments de consolation", "sont ce qu'il plaît au prince", "tâchent de le paraître"critique de la flagornerie des courtisans.
● Métaphores avilissantes du "peuple caméléon, peuple singe du maître" v.21, "un esprit anime mille corps" v.22 et "les gens sont de simples ressorts" v.23, utilisation d'indéfinis pluriels ou singuliers collectifs "On", "les gens" "chacun", rapidité des réactions avec les adverbes "aussitôt" v.2 ou "à peine" v.49 critique des courtisans qui ne sontque des simples pantins.
● L'énumération V.18 : opposition "triste, gais" et chiasme " prêts à tout, à tout indifférents" critique du manque de sincérité des courtisans.

2. Critique du Roi
● Emploi du "nous" de majesté, tutoiement méprisant du roi à l'égard du cerf, divinisation des personnes royales ("sacrés ongles" v.36, évocation de la proximité de la reine avec les "Dieux" v.45 et...
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