Les origines du mal

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  • Publié le : 9 avril 2011
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Réflexion sur l'origine du Mal.

Daniel Audette
D'où provient le mal ? Ceux et celles qui étudient sérieusement la doctrine du péché se verront tôt ou tard confrontés à cette question particulièrement angoissante. Existe-t-il une réponse à cetteinterrogation ? Certains théologiens soutiennent que oui, élaborent des thèses sur le sujet afin de démontrer l'origine du mal. Cependant, nous sommes de l'avis des théologiens évangéliques qui maintiennent le caractère absolument énigmatique du mal et son origine. Comme l'exprime fort à propos le professeur Henri Blocher, “ l'énigme du mal est le seul mystère “opaque” de l'Écriture[1] ”. Énigmeque même les yeux de la foi ne parviennent pas à percer !
Cette confession du mystère du mal n'est cependant pas l'aveu de l'échec devant une réalité (celle du péché) qui échapperait totalement à l'entendement de l'homme[2]. Cette confession du mystère du mal est en fait la reconnaissance d'une réalité qui, bien que présente dans l'expérience humaine, ne sonne pourtant pas au diapason de laréalité du monde créé : si le mal dérange, c'est parce qu'il ne s'arrange à rien ; le mal n'étant pas lui-même de création divine, il est par conséquent dérangement de l'ordre créé. Ou dit autrement : le mal est dérèglement qui corrompt et détruit la création de Dieu. Et c'est bien en raison du fait que le mal n'a pas sa place dans le créé qu'il nous apparaît comme mystère. Si le mal n'était pas ainsimystérieux, il serait alors tout à fait possible de l'expliquer. Mais l'expliquer, ne serait-ce pas du même coup tenter de le justifier, comme s'il était un maillon nécessaire de la chaîne ? Et s'il était effectivement possible de le justifier, ne serait-ce pas en fin de compte Dieu qu'il faudrait blâmer d'avoir produit un si grand fléau ? Si donc le mal ne s'explique pas, c'est uniquement parcequ'il est étranger à la création de Dieu, et non parce qu'il échappe à notre intelligence.
D'autres mystères sont également contenus dans l'Écriture Sainte. La grâce de Dieu est un de ces mystères. L'énigme de la grâce, cependant, est bien différente de l'énigme du mal. Car le mystère de la grâce, contrairement au mystère du mal, ne gît ni dans la terreur ni dans la souffrance, mais dans la purelumière de la bonté divine ; il s'agit d'un mystère lumineux et délicieux pour l'intelligence. Quant au mal, il sera toujours souffrance pour la raison humaine, puisque l'absence d'origine et le statut d'étranger à la création de Dieu de celui-ci apparaîtront toujours à celle-ci comme une énigme angoissante : si Dieu n'est pas l'auteur du mal, si le péché n'a pas “ originé ” de lui, d'où le mala-t-il pu surgir ?
Toute souffrance requiert un soulagement. Il serait vain cependant de chercher un soulagement à la “ souffrance cognitive ” qu'engendre le mal via l'avenue du savoir rationnel. Car le véritable apaisement s'obtient non par une soi-disant connaissance théorique du mal, mais dans la confession de sa propre culpabilité. C'est pourquoi toute tentative d'élucidation du mal dans le butde le justifier (et ainsi apaiser sa conscience) doit être considérée comme un refus de confesser son propre péché. L'Écriture ne permet aucun écart à ce sujet : jamais en effet elle ne donne à penser que l'homme serait pour ainsi dire “ atteint ” par la présence du mal sans que ne soit pris en considération sa propre responsabilité-culpabilité. Henri Blocher a bien discerné ce piège. Mais ilcorrige immédiatement : “ Que nul pécheur n'imagine qu'il peut s'excuser en imputant à Dieu la causalité du mal[3]. ” La Bible nous dépeint en effet l'homme dans toute sa culpabilité, où lui seul est à blâmer : “ Car il n'y a pas de distinction : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. ” (Rm 3.23).
Ainsi, dans l'étude du problème du mal, l'homme est entièrement impliqué parce que...
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