Les personnages des liaisons dangereuses.

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  • Publié le : 22 juin 2010
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LES PERSONNAGES DES LIAISONS DANGEREUSES /

Mme de Merteuil : Dans la lettre 81, elle fait son autoportrait pour expliquer à Valmont qui elle est vraiment. Cette lettre, sans rapport avec l'action du roman, est cependant très importante. En effet, Mme de Merteuil tombe le masque et nous donne en quelque sorte la clef nécessaire pour comprendre ses agissements, ses comportements. Déslors, plus aucune ambiguïté ne demeure, tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle fait est calculé.
Une femme libre qui revendique son indépendance : c'est pourquoi elle reproche à Valmont son ton "doctoral" et marital quand il veut régler sa vie privée et se mêler de lui donner des conseils et si elle a toujours refusé de se remarier, ce n'est pas parce que sa liberté aurait entravée,"[je n'aurai] pas craint de ne plus pouvoir faire mes volontés",mais parce qu'elle aurait déploré "que quelqu'un eût eu seulement le droit de s'en plaindre" (lettre 152). Son veuvage est donc vécu comme une libération, et elle refuse, comme c'était la coutume, de retourner vivre chez sa mère ou d'entrer au couvent. Contrairement aux autres femmes qui se laissent dicter leurs façons de penser,elle ne pense que par et pour elle-même, "ma pensée fut pour moi seule", refusant même de la partager avec quiconque, "Je m'indignais qu'on pût me la ravir ou me la surprendre sans ma volonté".
Mme de Merteuil est une autodidacte : "Je suis mon ouvrage" affirme-t-elle non sans présomption. Victime de l'éducation dispensée aux jeunes, filles, ignorante de tout d'autant plus qu'elle"était surveillée par une mère vigilante" et qu'elle n'avait pas d'amie, "vouée au silence et à l'inaction", elle a tout appris par elle-même. Pour échapper à la domination des hommes et ne pas être comme les autres femmes, réduite à suivre des règles dictées par une société d'hommes, elle s'est prescrit ses propres principes, fruits de ses observations des comportements d'autrui et des "profondesréflexions" qu'elles lui ont inspirées. La récurrence du lexique du travail, de l'effort ("je me suis travaillée", "travaux difficiles"), celle du lexique de l'expérience ("essayer", " observer", "réfléchir") rendent compte d'un esprit méthodique, progressif et rationnel ( tout à fait conforme à l'esprit des Lumières). C'est après un long travail, à force d'acharnement, que Mme de Merteuil estparvenue à cette "perfection" de l'art du paraître". Toujours dans le calcul, jamais dans l'émotion, c'est à force de travail sur soi qu'elle a réussi à maîtriser ses émotions, ses comportements, ses moindres gestes, ses paroles. Elle n'a rien négligé, poussant même "le zèle jusqu'à [se] causer des douleurs violentes" pour apprendre à se maîtriser. Elle nous dévoile le mode opératoire qui aprésidé à sa formation :
- faire un travail sur elle-même, se maîtriser pour mieux dissimuler :
- L'objet de son attention en prenant " un air détaché"
- Sa pensée : " je ne montrai que celle qu'il m'était utile de laisser voir"
- Ses émotions, en montrant le contraire de ce qu'elle ressentait : "Ressentais-je quelque chagrin, je m'étudiais à prendre l'air de la sérénité"- Ses paroles : "j'observais mon discours"
- démasquer les autres :
Forte de ce qu'elle a expérimenté sur elle même, elle met à profit ses expériences pour ne pas se fier à l'apparence des autres : elle apprend à déchiffrer leurs visages. Très vite elle est persuadée que Valmont est amoureux de Mme de Tourvel (cf lettre 10), et bien qu'il s'obstine à soutenir lecontraire, elle lui explique qu'il se ment à lui-même : " est-il vrai, Vicomte, que vous vous faites illusion sur le sentiment qui vous attache à Mme de Tourvel ? C'est de l'amour, ou il n'en exista jamais : vous le niez bien de cent façons ; mais vous le prouvez de mille" (lettre 134)
- Apprendre sa vie de femme :
Nul sentiment dans ses relations amoureuses, juste la quête du...
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