Les sens de la signification. pour une théorie a priori du signe.

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 Les sens de la signification.
Pour une théorie a priori du signe.
Bernard Morand
GREYC UPRESA CNRS 6072, Université (IUT) et ISMRA de Caen

Paru dans Intellectica, Revue de l'Association pour la Recherche Cognitive(ARC), Vol. 2, n°25 (1997)



Peut-on concevoir des sciences de la connaissance
qui ne soient pas intelligence du signe ?

RESUME.
Les notions de sens et de signification sontporteuses d’une telle subjectivité que toute tentative de les associer à un programme d’ordinateur pourra sembler utopique. Cette opposition apparente peut être dépassée si l’on dispose d’une théorie convenable pour rendre compte des phénomènes de sens. Nous montrons que des éléments pertinents pour une théorie du signe peuvent être trouvés chez C. S. Peirce. Ils permettent d’articuler le sensavec la signification, c’est-à-dire les occurrences avec le type ou encore les phénomènes avec la théorie. La définition, puis le modèle de catégorisation peircéens du signe proposent une théorie cohérente qui rend compte à la fois des aspects de signification, d’interprétation, d’interaction dialogique et finalement de communication.
Cette théorie conduit vers une approcheoriginale de la cognition : un processus de nature différentielle fondé sur une accumulation d’expériences sémiotiques. On peut donc montrer dans quelle mesure la conception classique du symbole, particulièrement dans sa forme positiviste, constitue une réduction sommaire de la complexité d’un système sémiotique.

Mots-clés : sémiotique, signification, signe, cognition,interprétation, communication.


1. INTRODUCTION.

Ce travail présente un moment d’une réflexion qui s’est développée au sein de plusieurs contextes. Il pourra donc sembler quelque peu éclectique mais son fil directeur est celui de l’éclaircissement de la notion de signe. Le premier de ces contextes est constitué par unitinéraire de recherche dans le domaine de la Conception des Systèmes d’Information, une activité d'ingénierie dont l'objectif est de produire des systèmes informatiques dans les entreprises. Au cours du travail de conception, les ingénieurs analystes produisent des modèles, qualifiés de "semi - formels", pour "représenter" des "informations" dans le but d’un "traitement" informatique. Cette modélisationà caractère opérationnel pose en fait des problèmes d'ordre théorique [Morand 1994]. Par exemple : qu'appelle t - on information, qu'entendons-nous par modèle [Morand 1995], comment le résultat de l’activité de conception peut-il faire l’objet d’une attribution de sens par des "utilisateurs " de systèmes informatiques, comment peut-on construire des significations avec des machines et deslogiciels ? La tradition, symboliquement arrêtée par l’Académie, définit l’informatique comme " science du traitement rationnel de l’information ". Cette définition issue du paradigme des automates mécaniques s’instancie dans le schéma suivant :
Elle donne naissance à deux disciplines distinctes en particulier dans la tradition anglo-saxonne. D’un côté le data processing est en chargede la caractérisation des outputs ainsi que des inputs qui leur sont nécessaires et de l’autre, la computer science est concernée par le process réalisé dans une machine automatique et universelle. Dans les deux cas l’information est considérée au moins implicitement comme un objet, une substance véhiculée par un message et dont la grandeur peut être mesurée ; elle peut donc faire l’objet de...
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