Les sens sont-ils suffisants pour nous fournir toutes nos connaissances ?

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de vérité > La recherchesenslaque dans le n’a-t-elle de domaine de la connaissance théorique ?
A. Léandri

Cours-PH00

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a recherche de la vérité n’a-t-elle de sens que dans le domaine de la connaissance théorique ?
Qu’est-ce que la vérité ?
On peut entendre par là, selon les cas, la conformité de la pensée avec la réalité (« connaître la vérité »), la conformité de nos paroles avecnos pensées (« dire la vérité »), ou encore la conformité d’une chose à l’apparence qu’elle nous donne (« de l’or véritable »). Dans tous les cas, la vérité ne doit pas être confondue avec la réalité. Elle n’est pas une chose, mais une relation : relation de conformité ou d’accord entre nos pensées, nos paroles et la réalité. On peut, si l’on veut, parler plutôt de « véracité », pour désignerl’accord de nos paroles avec nos pensées (le contraire du mensonge), et réserver le terme de « vérité » à l’accord de nos pensées avec la réalité (le contraire de l’erreur). Dans ce dernier cas, la « vérité » est essentiellement une propriété de nos jugements (ou des énoncés qui les formulent), et non une qualité des choses elles-mêmes (le cas de l’or « véritable » n’est qu’une exception apparente : lafausseté n’est pas dans la chose, mais dans le jugement que nous portons sur elle). Il est possible de s’accorder sur cette « définition nominale »1 de la vérité, sans pour autant avoir réellement répondu à la question. Lorsque l’on demande, en effet, « Qu’est-ce que la vérité ? », on veut plutôt savoir ce qui permet de la reconnaître ou de l’identifier comme telle : on cherche alors un « critère »de la vérité. Mais comment ne pas tomber alors dans un cercle vicieux ? Comment reconnaître la vérité d’un critère de vérité, si l’on ne dispose pas déjà de lui ?2 Et comment pourrait-il y avoir un critère universel de vérité, abstraction faite de son objet, si la vérité consiste justement dans l’accord d’une connaissance avec son objet, et ne doit donc pas en faire abstraction ?3 Le seul critèreuniversel, purement formel, est la non-contradiction, mais ce n’est qu’une condition nécessaire, et non suffisante, de la vérité4. De là au scepticisme, le pas est vite franchi, et d’autant plus aisément que la prétention à détenir la vérité peut sembler une marque d’intolérance. La question « Qu’est-ce que la vérité ? » peut alors prendre un tour ironique, comme lorsque Pilate la formule face àla prétention de Jésus à être la voix de la vérité…5 1. On distingue la définition nominale, qui ne donne que le sens du mot, de la « définition réelle », qui indique la nature de la réalité que le mot désigne. La définition nominale de l’atome se trouve dans un dictionnaire, sa définition réelle dans un traité de physique. 2. C’est ce que remarque Descartes à propos d’un livre d’Édouard Herbertintitulé De la vérité : « Il examine ce que c’est que la vérité ; et pour moi, je n’en ai jamais douté, me semblant que c’est une notion si transcendantalement claire, qu’il est impossible de l’ignorer : en effet, on a bien des moyens pour examiner une balance avant que de s’en servir, mais on n’en aurait point pour apprendre ce que c’est que la vérité, si on ne la connaissait de nature. Car quelleraison aurions-nous de consentir à ce qui nous l’apprendrait, si nous ne savions qu’il fût vrai, c’est-à-dire, si nous ne connaissions la vérité. » Lettre à Mersenne, 16 octobre 1639. Le même cercle vicieux (ou « diallèle ») est souligné par Kant : « La vieille et célèbre question, par laquelle on se figurait pousser dans leurs retranchements les logiciens et on cherchait à les amener, ou àdevoir se laisser surprendre dans un pitoyable diallèle, ou bien à devoir avouer leur ignorance, et par suite la vanité de tout leur art, est celle-ci : Qu’est-ce que la vérité ? La définition nominale de la vérité, qui en fait la conformité de la connaissance avec son objet, est ici accordée et supposée ; mais on veut savoir quel est le critère universel et sûr de la vérité de toute connaissance...
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