Les theories de la justice

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LES THÉORIES DE LA JUSTICE : ÉLÉMENTS DU DÉBAT CONTEMPORAIN
par Jérôme Savary

Qu'est-ce qu'une société juste ? Voilà la question centrale de la philosophie politique. La question première vient du fait que nous constatons que le monde vécu est rempli d’injustices. À l’origine de l’ouverture du débat sur la justice, nous avons un sentiment que nous ressentons très fortement. C’est d'abordl’arbitraire que nous supportons avec beaucoup de peine. L'arbitraire nous repousse car il va à l’encontre du principe intuitif qui veut que la justice donne à chacun ce qui est sien, qu’il faut traiter de manière égale ce qui doit l’être. Ce projet implique un débat sur ce que nous souhaitons faire de la société : quelle doit être sa nature et quels critères doivent présider à nos décisionscollectives.

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Jérôme Savary

I. Trois notions de justice On distingue traditionnellement trois notions, qui forment autant de piliers sur lesquels repose la conception contemporaine de la justice en philosophie politique. - La Justice commutative. Elle est fondée sur une théorie de l'échange réciproque entre les individus et l'État. La question générale est : qu'est-ce que lesindividus sont prêts à abandonner au profit d'une gestion collective par l'État ? Pour vivre en société, nous avons notamment renoncé à l’usage personnel de la violence envers autrui en échange de la sécurité, de la liberté religieuse, du droit de propriété garantis en principe par l'État. La justice doit s’occuper ici de fixer l’équivalence entre ce que l’individu donne et reçoit en retour de l’État(base du contrat social). Sous cet angle, la justice doit définir dans une société donnée les obligations et les charges réciproques des individus entre eux d'un côté, de l'État vis-à-vis des individus de l'autre. - La Justice punitive. Afin de garantir la justice commutative, quand ses principes sont violés, la justice punitive entre alors en action pour sanctionner et réparer les torts commis.Aujourd'hui, il est communément admis, par exemple, qu'on ne se fait pas justice soi-même, mais en vertu de l'échange avec l'État du monopole de la contrainte contre la sécurité, on confie au législateur la tâche de fixer les modalités de la peine et à l'autorité judiciaire son exécution. - La Justice distributive. Elle a pour mission de donner à chacun la part qui lui revient. Pour cela, elle doitse pencher sur les critères de distribution des biens produits. La

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Justice internationale et scolaire : points de repère

Les théories de la justice : éléments du débat contemporain

société juste sera donc celle qui réussit à bâtir une équité minimum entre les individus, afin d'éviter le pire si quelques-uns possédaient tout et ne laissaient rien aux autres. Il va s’agir dedébattre selon quels critères ce principe doit être appliqué : selon les besoins de l’individu, selon ce qu’il produit, selon son origine ou selon ses droits ? Si nous cherchons à définir des critères de justice, cela vient du fait essentiel que nous ne vivons pas dans des sociétés d’« abondance »1. Ce terme ne signifie pas ici seulement un « niveau de vie élevé », mais une situation où il ne serait paspossible, quelle que soit la manière de répartir les ressources, de diminuer la condition d’un seul individu. Si les biens fournis par l’activité économique prennent dans ce cadre une place importante, l’abondance ne se limiterait pas à cette sphère et devrait toucher d’autres domaines comme la répartition du pouvoir (personne ne désirerait plus dominer) ou la pluralité des valeurs (tout le mondepartagerait les mêmes). Autant dire que nous vivrons encore longtemps dans une société de rareté nécessitant en son sein un débat sur la justice. II. Les principes de justice C'est à l'orée de la Révolution française, dans ce XVIIIe siècle occidental, que nous avons appelé siècle des Lumières, que des penseurs – dont Rousseau, Montesquieu, Voltaire, en France, Kant en Allemagne ou Bentham, en...
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