Les travailleurs de la mer, les vents hugo commentaire de texte

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  • Publié le : 3 juillet 2010
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Les vents courent, volent, s’abattent, finissent, recommencent,
planent, sifflent, mugissent, rient ; frénétiques, lascifs, effrénés, prenant
leurs aises sur la vague irascible. Ces hurleurs ont une harmonie. Ils font
tout le ciel sonore. Ils soufflent dans la nuée comme dans un cuivre, ils
5 embouchent l’espace, et ils chantent dans l’infini, avec toutes lesvoix
amalgamées des clairons, des buccins, des oliphants, des bugles et des trom-
pettes, une sorte de fanfare prométhéenne. Qui les entend écoute Pan.
Ce qu’il a d’effroyable, c’est qu’ils jouent. Ils ont une colossale joie compo-
sée d’ombre. Ils font dans les solitudes la battue des navires. Sans trêve,
10 jour et nuit, en toute saison, au tropique comme au pôle, en sonnant dans
leurtrompe éperdue, ils mènent, à travers les enchevêtrements de la nuée
et de la vague, la grande chasse noire des naufrages. Ils sont des maîtres de
meutes. Ils s’amusent. Ils font aboyer après les roches les flots, ces chiens.
Ils combinent les nuages et les désagrègent. Ils pétrissent, comme avec
15 des millions de mains, la souplesse de l’eau immense.

Victor Hugo (1802-1885) LesTravailleurs de la mer (1866)

Les Travailleurs de la Mer, écrit par Victor Hugo et publié en 1866 devait s’intituler
Les Abîmes. Cette œuvre a été écrite lors de son séjour à Guernesey, une île Anglo-normande bordée par une mer sévère et douce, comme le dit Victor Hugo. Dans ce roman, Lethierry et Gilliatt, les deux personnages principaux affrontent héroïquement la violence des tempêtes et de lafaune marine. Ainsi, notre extrait décrit les vents et ses activités dans un court paragraphe de quatorze phrases. Tout d’abord, le registre épique vise à montrer les vertus héroïques des vents. Ensuite, Pan se trouve au cœur du texte par ses différents aspects donnant un caractère mythologique à ce passage. Enfin, Dieu est à l’origine de la création du monde et les vents celui de sa destruction.Victor Hugo a voulu par le biais du registre épique évoquer la puissance des vents et exprimer leur déchaînement et leurs exploits.
Les vents dominent tout, notamment le ciel : « Ils font tout le ciel sonore. » L’adverbe « tout » marque le degré absolu de leur puissance. L’anaphore du pronom personnel « Ils », présent treize fois alors que le texte ne comporte que quatorze phrases, insistesur les vents. Ils ont le pouvoir de contrôler les nuages : « Ils combinent les nuages, et les désagrègent. » car pour eux, la difficulté est la même de souffler dans un instrument que dans les nuages. La comparaison que fait Hugo le montre : « Ils soufflent dans la nuée comme dans un cuivre » « Ils soufflent dans la nuée », mots aux sonorités douces avec l’allitération en /l/ et l’assonance en/e/ qui est une voyelle claire, donne l’impression de facilité ; tandis que l’allitération des gutturales en /k/ donne l’impression de la difficulté dans l’expression :
« comme dans un cuivre ». Une autre comparaison évoque cette fois-ci le contrôle de l’eau : « Ils pétrissent, comme avec des millions de mains, la souplesse de l’eau immense. » L’auteur compare le pétrissage d’une pâte avec lecontrôle de l’eau, soulignant la facilité pour les galernes de maîtriser cet élément. Cette difficulté est renforcée par les sonorités dures (dentales /t/ ; labiales /p/ ; liquides /r/) dans le mot « pétrissent », alors que les sonorités sont douces (liquides /l/ et sifflantes /s/) dans les mots « la souplesse de l’eau immense ». Les mots « millions » et « immense » ont un effet hyperbolique, renforçantla puissance de ces vents. La métaphore compare la chasse des naufrages avec la chasse des animaux : « La grande chasse noire des naufrages ». Les vents suivent et cherchent les navires qui ont chavirés, dans le « noir [] » ce qui montre leur puissance de savoir chasser, même la nuit. Cet aspect des ténèbres, renforcé par les sonorités dures (liquides /r/ ; gutturales /g/ ; dentales /d/)...
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