Les « trente glorieuses » dans l’histoire economique et sociale de la france contemporaine

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  • Publié le : 29 décembre 2010
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Les « Trente Glorieuses » dans l’histoire économique et sociale de la France contemporaine

En février 1964, dans un article intitulé « Retour à la grandeur », le magazine américain Newsweek constatait que « la France actuelle est à des années lumières de ce qu’elle était à la fin des années 1940». Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, la France entre en effet dans une ère inéditede son histoire économique et sociale : à l’instar des autres pays occidentaux, le pays connaît une croissance économique forte et régulière et une situation de plein emploi jusqu’en 1973, date du premier choc pétrolier. Pendant cette période, le taux de croissance annuel moyen avoisine les 5.5 %, atteignant même 6.5 % entre 1965 et 1973. Ce miracle économique qui dura environ 30 ans fut qualifiéde « Trente Glorieuses » par l’économiste français Jean Fourastié dans son ouvrage éponyme de 1979. L’extension chronologique des Trente Glorieuses est moins évidente que ne le laisse supposer le nom, et requiert une périodisation plus fine. Les années 1945-1955 pourraient être qualifiées de phase fondatrice, c’est l’époque de la reconstruction et de la modernisation du pays après le marasme desannées trente et les dévastations de la guerre. Ce n’est qu’à partir de 1954 que la notion de Trente Glorieuses prend tout son sens historique, et ce, jusqu’en 1973. C’est durant cette deuxième phase que la croissance nourrit l’expansion économique mais aussi la mutation sociale. Il faut bien comprendre que le caractère exceptionnel des Trente Glorieuses réside dans le fait que la croissanceéconomique s’accompagnât d’un bouleversement anthropologique sans précédent : en 30 ans, estime Jean François Sirinelli, « la France d’avant disparaît corps et biens et le pays est emporté par la mutation la plus rapide de son histoire ».
Il est toutefois singulier que cette phase « glorieuse » de l’histoire économique et sociale française ne fût considérée et analysée comme telle quepostérieurement, alors même que la crise s’installait durablement dans une France touchée par le second choc pétrolier. Depuis lors, les Trente Glorieuses font figure de « paradis perdu » dont la presse économique se fait le chantre nostalgique. Tout comme on analyse un « lieu de mémoire » avec discernement, dresser un tableau des Trente Glorieuses implique autant d’étudier un phénomène économique que demesurer la part du mythe collectif dans le regard que la France contemporaine porte sur ces trente années de réussite économique.
Ainsi, il s’agira d’abord de présenter l’ampleur des mutations socio-économiques qui ont caractérisé cette époque. Il conviendra ensuite d’avancer les conditions et les moteurs de la croissance des Trente Glorieuses. Enfin, et pour donner toute sa mesure à l’analyseobjective, on en présentera les aspects limitatifs qu’ils soient sociaux, environnementaux ou moraux.

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I. Des bouleversements socio-économiques majeurs : « le passage de la France millénaire à la France contemporaine » (J.Fourastié)

1. La fin de la France rurale séculaire

La croissance des TrenteGlorieuses a profondément modifié la structure de la population active française, en cela, les Trente Glorieuses marquent une rupture essentielle de l’histoire sociale française et l’une des transformations les plus spectaculaires a été celle du secteur primaire qui connaît alors sa « révolution silencieuse » (Michel Debatisse). La France devient une grande puissance agricole tandis que le monderural se transforme : la mécanisation permet une très forte augmentation de la productivité et son corollaire : la réduction de l’offre de travail. En 1967, le sociologue H. Mendras publie un livre au titre évocateur : La fin des paysans ; en effet, les agriculteurs qui représentaient encore 47% de la population française en 1946, voient leur part se réduire à 34% en 1968. Ces paysans, moins...
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