Les ultras, en decalage avec le siecle ?

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  • Publié le : 13 décembre 2010
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Introduction

Le terme d’ « ultra » apparaît pour la première fois lors de la Seconde Restauration, après la chute de Napoléon en 1815. La Chambre des Députés élue pendant les Cent Jours qu’avait duré le Vol de l’Aigle, a été dissoute et l’on a procédé à de nouvelles élections les 14 et 22 août. Elles ont envoyé à la Chambre, dans la proportion des neuf dixièmes, des royalistes convaincus etardents, « Chambre Introuvable » selon Louis XVIII lui-même. Le 7 octobre, le roi ouvrit la session de la nouvelle Chambre. Les Chevaliers de la foi, une société secrète défendant la monarchie légitime et le catholicisme, entreprennent alors de préparer le travail législatif en noyautant les députés de la majorité lors de réunion préparatoires, laquelle selon les mots d’André Jardin «formait unecohue de provinciaux, sans chef, inexpérimentés, passionnés et indisciplinés » . Le premier parti constitué, et que Duvergier de Hauranne a été le premier à appeler, « ultra-royaliste », est sorti de ces conciliabules. C’est ainsi que se sont fait remarquer ses premiers chefs : Joseph de Villèle, Louis de Bonald, La Bourdonnaye et Jacques-Joseph Corbière, avant que le groupe d’opinion ne se rallietrès largement sous la cocarde du Comte d’Artois, Futur Charles X.
Cependant, dans un siècle caractérisé par une marche vers le partage des pouvoirs, la libéralisation politique et la lutte pour toutes les libertés, quelle place doit on accorder à ce groupe d’opinion qui s’autoproclamait « plus royaliste que le roi » dans une France en quête d’identité politique ? Doit-on considérer le partiultra comme le dernier sursaut d’une Monarchie française agonisante, comme une parenthèse dans le XIXe siècle, un contrecourant passager ? Ou peut-on à l’inverse voir dans se mouvement une étape nécessaire dans la marche vers la démocratie et comme une part intégrante d’un processus long et complexe qui aboutit à l’établissement durable de la République en France à la fin du Siècle ?

I. LesUltras, un contrecourant dans l’histoire du XIXe siècle
A. La Doctrine Ultra, en décalage avec l’Esprit du Siècle.

Le parti ultra-royaliste se nourrit d’un ensemble d’idées enracinées dans les provinces française
depuis la Révolution de 1789 et qui trouvent leur fondement et leur légitimité théorique dans les réflexions de deux hommes politiques contemporains : le comte Joseph de Maistre et leVicomte Louis de Bonald, considérés comme les pères de la philosophe contre révolutionnaire.
Dans un grand nombre d’œuvres dans lesquelles il s’oppose ouvertement à Jean-Jacques Rousseau, Joseph de Maistre exalte la monarchie de droit divin. Pour lui, le système politique doit reposer sur les « lois éternelles » de Dieu qui « prépare les races royales ». Il remet au goût du jour les idées selonlesquelles le peuple doit se plier à la volonté divine, autrement dit à celle du roi, élu de Dieu et qui gouverne en son nom. Il s’attarde également sur le rôle de la Divine providence, opposant au rationalisme en vogue depuis le XVIIIème siècle, la foi et les lois indicibles de la nature de Dieu.
En substituant une Déclaration des Droits de Dieu à La Déclaration des droits de l’homme et duCitoyen, Louis de Bonald prône quant à lui, un retour à la société féodale fondée sur l’ordre monarchique et religieux. Société à laquelle l’individu demeure subordonné et qui évolue lentement, comme un arbre, développement organique qui ne peut être rompu par aucune révolution , crime de révolte dont le protestantisme a donné l’exemple. L’homme n’existe que soumis à un chef, de la famille à lacommune et jusqu’à l’Etat lui même où le roi n’est qu’un « représentant » de Dieu comme chez Bossuet.

Abreuvés de ces théories, héritières de celles attribuées à Du Belloy et Baudin, et qui avaient fait les beaux jours de la monarchie absolue des le XVIe siècle, les ultras, en prônant un retour à l’ordre ancien, semblent redonner à ces idées un souffle neuf, dans un contexte général encore...
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