Les vieux brel

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BREL, Les Vieux ( 1963), Commentaire composé

Introduction : Le mythe de Chronos, le Temps, qui dévore ses enfants dès leur naissance...

I. Le chanteur se livre à une description réaliste du monde de la vieillesse.

1° § Il nous fait d'abord pénétrer dans l' univers des "vieux" en ayant recours à divers registres sensoriels.
- Détails présentés en synesthésie au vers 3 : mélange du visuelet de l'olfactif, de l'olfactif et de l' auditif : le "thym", et la "lavande" se mêlent à la propreté et au langage suranné des personnes âgées : maison "propre", v. 3 ; le "verbe d'antan" ; leur univers se perçoit globalement.
- Autre détail sonore : l'omniprésence, à chaque refrain, de la "pendule" du "salon" : "ronron" suggéré par les trois assonances en "on".
- On observe aussi une touchede gustatif : l'évocation du "muscat" qu'ils prenaient autrefois ; cela ne fait que renforcer l'impression d'une existence aujourd'hui sans goût.

2° § Mais ces "vieux" dont Jacques Brel brosse le tableau pittoresque sont aussi présentés de manière saisissante, dans leur déchéance.
- Le titre de la chanson, "Les Vieux", n'est vraiment pas un euphémisme : pas de "troisième âge", ni de "cheveuxblancs" ici ... Généralisation de l'évocation obtenue par l'emploi de l'article défini "les" et des présents de vérité générale : "les vieux" quels qu'ils soient, "ne parlent plus..."
- Portrait physique : détails vrais, mais vérité poignante de leur déchéance physique. Voix "lézardée", "rides", yeux "perlés" de larmes, membres qui "tremblent" (v. 13) ; la "laideur" est, implicitement,inhérente à la vieillesse puisque si une autre personne âgée est morte, c'est qu'elle était "plus vieille", "plus laide" (v.14).

3° § C'est aussi à un portrait en mouvement que nous assistons, mouvement de plus en plus limité.
- dans la rue : leurs déplacements, devenus rares, les emmènent "bras dessus bras dessous" (v.13) à "l'enterrement" ; leurs vêtements sont typés : "raideur" des vêtements dudimanche, des vêtements de deuil, en accord d'ailleurs avec la "raideur" du défunt ...
- Dans leur maison, la description est encore plus sinistre, plus tragique : silence où ne résonnent plus les "paroles" (v. 1), les "rires" (v.5), ni le "piano" (v.9) ; pénombre implicitement suggérée par le "soleil" des "sorties" funèbres du vers 14... ; "ils se tiennent la main" (v. 18).
- et surtoutévocation d'un univers qui se restreint tragiquement comme une peau de chagrin : les déplacements à l'intérieur de la chambre diminuent au rythme de la maladie, "du lit ... au lit" (épanadiplose du v. 12).

4° § A la déchéance physique s'ajoute la déchéance de leur univers mental. Cette fin de vie est marquée par la monotonie et l'immobilité.
- Monotonie soulignée de manière lancinante par le rythmechoisi : seule chanson du répertoire de J.Brel comportant des vers de dix-huit syllabes ; chaque vers est bâti sur un rythme ternaire (trois fois six syllabes) qui souligne la longueur, la monotonie de leurs journées.
- Immobilité : "Les "vieux ne bougent plus" (v. 11) : l'asyndète et l'hypallage "leurs gestes ont trop de rides" renforcent l'impression de leur peine à se mouvoir, de leur scléroseprogressive ; ces personnes paraissent usées et figées dans ce "monde trop petit".
- Un monde indifférencié : vivre à "Paris" , c'est aussi terne que vivre "en province" quand on ne peut plus profiter de la vie de la capitale (v. 4) ; de même à quoi peuvent servir les "richesses" (v. 2) ? La vie des "vieux" est forcément "pauvre" ..., antithèse saisissante !

II. Cette description des "vieux"conduit tout naturellement à une méditation sur le temps et sur la vieillesse.

1° § La vieillesse apparaît comme la perte de tout ce qui a fait une vie.
Le texte de la chanson est ponctué d'adverbes terribles : adverbes de négation, la locution "ne ... plus" est répétée cinq fois pour évoquer négativement la disparition de tout ce qui existait, de tout ce qui faisait leur vie, "la" vie :...
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