Les voix narratives dans la convention de suzanne lamy

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  • Publié le : 27 avril 2010
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La Convention, de Suzanne Lamy, n’est est pas un roman d’action. Sa lecture amène à connaître des personnages et une situation, à travers les pensées intimes des protagonistes. Suite à la maladie de François, qui l’entraîne peu à peu vers la mort, Soria voit l’entité autonome, constituée par leur amour, se détériorer. Privée de son interlocuteur privilégié, elle doit réapprendre à se penser endehors du couple qu’elle formait avec François. Le roman tient à l’organisation de sa voix narrative, qui sera l’objet de cette analyse.
La première partie traitera de la configuration de l’ensemble du récit. La seconde portera sur l’analyse de chacune des voix narratives, soit celle du Docteur F., celle de Soria, qui s’exprime par son journal, et enfin celle de François, qui s’exprime par lettres.Configuration
La configuration de ce récit est concentrique. En effet, l’histoire s’amorce avec la voix du Docteur F., narrateur extradiégétique qui introduit le journal de Soria (13-18), qui introduit à son tour les lettres de François, qu’elle a littéralement collées à l’intérieur de son journal. Elle interrompt ainsi momentanément le fil de sa narration, entre les pages 38 et 43. LeDocteur F., quant à lui, intervient à nouveau aux pages 52 et 53, puis 69, alors que sa lecture du journal de Soria fait jaillir des souvenirs et des impressions, qu’il a besoin d’exprimer. C’est aussi lui qui conclut le récit, en page 79. Il s’agit donc d’un récit concentrique dans lequel les instances diégétiques en périphérie du graphique 1, ayant accès au récit des instances centrales, jusqu’aunoyau, sont influencées par elles et construisent leur récit en fonction d’elles. Cette relation est toutefois unilatérale, les narrateurs des instances centrales n’ayant pas accès aux récits des instances périphériques.
Graphique 1

[pic]
Cette concentricité permet de pénétrer jusqu’au au cœur de l’amour qui sévit entre Soria et François avant la maladie de ce dernier, l’objet du pacte et dutitre du roman. Le récit débute par le point de vue du spectateur (le Docteur F.), pour passer à celui de Soria, qui oscille entre l’âge d’or et le déclin de leur amour, puis à celui de François, dont les lettres constituent un témoignage vivant de son intensité, comme si le temps s’était arrêté en 1976.

Le Docteur F.
Le Docteur F., narrateur-personnage homodiégétique, puisqu’il fait partie del’histoire qu’il raconte, s’adresse à un narrataire extradiégétique anonyme.
Sa fonction est d’abord de régie, car il introduit le journal de Soria. C’est aussi lui qui clôt le récit en apportant sur des événements bel et bien terminés une conclusion destinée à les sceller, passant pour ce faire au plus-que-parfait (« Aucune femme ne m’aura été… » (79) Il occupe aussi une fonction narrative, puisqu’ilprend en charge la partie de l’histoire qu’est son point de vue. Enfin, il sert à évaluer les événements : de manière émotive, en montrant l’intensité de sa passion pour Soria ; de manière interprétative, en indiquant au narrataire la manière dont il faut comprendre ce qui s’est passé (avoir été l’amant de Soria ne constitue pas pour le Docteur F. un « dérapage », puisqu’il était déjà fortementtroublé par elle). Enfin, sa fonction est aussi testimoniale, car il apporte un éclairage extérieur sur le couple Soria-François, la preuve que l’amour profond qu’ils se portent est perceptible de l’extérieur.
Il laisse place ensuite au journal de Soria, afin de faire connaître l’intimité du couple vue de l’intérieur. Le Docteur F. s’efface pour donner la parole à la véritable héroïne de sonrécit, Soria : « Elle n’a même pas su qu’entre lui et moi, elle avait toujours été là. » (79) Parce qu’avide de comprendre, il ne possède pas les mots pour le faire. Il refuse de l’emprisonner dans son langage à lui, puisque la passion qu’il lui voue est empreinte d’un grand respect : « Je n’ai pas su l’étreindre. Qu’attendait-elle ? […] Elle ne m’a pas donné le temps de l’apprendre. Ni de...
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