Letterature de la belle epoque

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  • Publié le : 15 avril 2011
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Littérature du trottoir а la Belle Époque
jean-yyes mqllier
La Belle Époque et les événements relatifs à l'affaire Dreyfus modifient profondément la situation et les relations entretenues par la littérature et la presse. Le vote de la loi du 29 juillet 1881, l'apparition des monotypes et des linotypes dans les imprimeries, la multiplication en ville des crieurs de journaux et descamelots, l'achèvement de la scolarisation universelle et la croissance des dépenses de loisirs dans le budget des familles augmentent considérablement le lectorat des quotidiens. Ils amènent insensiblement les auteurs de fiction à accorder une plus grande attention au périodique, auparavant méprisé par rapport à son grand rival, la revue, et plus encore son antithèse, l'imprimé destiné à dureréternellement, le livre proprement dit. Tandis que les tirages cumulés du roman n'avaient pas dépassé 25 000 exemplaires avant 1906, ils atteindront un total de 500 000 exemplaires dans la nouvelle version en 1919, ce qui traduit l'entrée des Français dans la consommation de masse des produits de l'imagination humaine.
Dès les années 1887-1898, des auteurs comme Octave Mirbeau, Maurice Barrès, ÉdouardDrumont ont accepté les transformations du fait littéraire.Alors que très longtemps journalistes et hommes de lettres s'étaient confondus, les deux professions avaient tendance à se distinguer depuis l'avènement d'une presse populaire à un sou et les écrivains dignes de ce nom traitaient avec condescendance leurs homologues qui «tiraient à la ligne » pour s'enrichir, les auteurs deromans-feuilletons si décriés du Paris fin-de-siècle. Sans contredire ce trend séculaire, le long commerce des romanciers cités avec le journalisme montre que nombreux furent ceux qui refusèrent l'attitude des avant-gardes ennemies du vulgaire et du grand public. Certes, la qualité d'homme de lettres attribuée а Édouard Drumont surprend aujourd'hui, mais elle ne posait aucun problème à ses contemporains, ycompris à ceux qui combattaient son antisémitisme virulent. Alain Pagès a rappelé récemment qu'а l'enterrement d'Alphonse Daudet, le 20 décembre 1897, les cordons du poêle étaient tenus par Émile Zola, Léon Hennique, Jules Lemaitre, Edouard Drumont, Paul Hervieu et Jules Ebner, ce qui suffit à rétablir l'ordre des valeurs littéraires du temps et à éviter tout anachronisme rétrospectif engendré par lafixation du canon ou de la légitimité symbolique au xxe siècle.
L'une des caractéristiques de l'époque était la frénésie avérée des foules pour le papier, il savait que la consommation en avait doublé lors de l'acmé de l'affaire Dreyfus en janvier-février 1898. Avec deux cents tonnes de papier par jour destinées à finir dans la hotte du chiffonnier, l'armée de camelots et de crieurs dejournaux parcourait les boulevards pour vendre qui les quotidiens à un sou, qui des lettres mortuaires humoristiques, qui des chansons de rues, des pamphlets ou des objets amusants en tous genres. Ainsi était apparue une authentique «littérature du trottoir» qui était elle-même un produit destiné à alimenter la librairie du même nom pour le plus grand plaisir des badauds énervés par l'agitationpolitique que connaissait la France des débuts de la IIIe République.
La descente de la littérature dans la grande presse au moment de l'affaire Dreyfus
Il suffit de relire les chroniques, trop injustement oubliées aujourd'hui, d'Octave Mirbeau pour comprendre l'importance que revêtait aux yeux de l'homme de lettres l'imprimé périodique. Publiées dans L'Aurore des années 1898-1899, les soixantechroniques réunies en volume par Pierre Michel montrent combien l'écrivain était sensible à la littérature de l'événement. Usant des mêmes procédés mis à l'œuvre dans ses contes ou ses romans les plus cruels, il maniait un humour corrosif destiné à abattre ses adversaires, réduits au rôle de pantins imbéciles ou de marionnettes mues par des forces menaçant l'organisation de la société et ses...
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