Lettre persane lettres 37

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  • Publié le : 18 septembre 2010
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Les Lettres Persanes écrites en 1721 et parues sans nom d’auteur nous révèlent les correspondances entre Usbek et son ami Rica, deux Persans qui décident de quitter leur pays pour découvrir la France et ses mœurs bien singulières. Au travers de ces lettres, Montesquieu, masqué sous le regard de ses personnages fictifs, se lance dans cette lettre audacieuse : la XXXVII du recueil, datée de 1713c’est-à-dire deux ans avant la mort du roi de France, Louis XIV dit le Roi Soleil. Dans cette lettre, Montesquieu se livre à une satire mordante de la monarchie absolue marquée par l’absolutisme du roi et le culte de sa personne. Critique d’autant plus forte aux yeux du lecteur que Montesquieu utilise de nombreux procédés de distanciation pour parvenir à exprimer ses idées sur une fin de règneaustère qui l’inquiétait beaucoup à l’époque.
Ainsi, il est intéressant de se demander comment Montesquieu à travers cette lettre XXXVII parvient, en utilisant l’étonnement persan, à masquer sa présence et à établir une critique féroce de la monarchie absolue instaurée par Louis XIV.
Pour ce faire, nous allons tout d’abord étudier ce procédé qui vise à montrer l’étonnement persan et qui donne ainsiune vision originale des choses perçues. Puis, nous allons analyser la satire du roi de France. Enfin, nous allons nous pencher sur la critique virulente de l’absolutisme monarchique qui se dessine au travers de cette lettre.

Dans un premier temps, il faut commencer par souligner la technique souvent utilisée et reprise ici par Montesquieu du regard étranger, ce regard de l’autre qui découvrenos us et coutumes pour la première fois et s’en étonne. Ce procédé permet de montrer au lecteur de l’époque sa propre civilisation et sa société sans le voile de l’habitude. Le lecteur adopte ainsi le regard du persan un regard neuf et avide de savoirs. La visée de ce regard est de créer un effet de distanciation fort. Les seuls noms d’Usbek et Ibben suffisent à convaincre le lecteur qu’ils’agit bien ici d’étrangers, cela donne tout de suite une certaine mise à distance. De plus la lettre s’adressant à un persan, le lecteur peut difficilement s’identifier à celui-ci. De même la date de la lettre exprimée selon le calendrier perse: «le 7 de la lune de Maharam» renforce le côté exotique et souligne ces traits de l’orient ce qui n’est pas sans mettre à distance le lecteur occidental. Cepoint de vue résolument étranger crée une véritable distance critique qui est renforcée dans le texte par l’utilisation des pronoms possessifs comme «nos histoires» (ligne 1) ou «notre auguste sultan» (ligne 5) ou encore «celui des Turcs » (ligne 5-6). Ces références géographiques et historiques ne sont pas sans relativiser les propos rapportés. Le régime monarchique français est ici replacé dansle contexte mondial et permet de montrer que ce régime n’est qu’un exemple parmi tant d’autres ce qui participe bien sûr de la déresponsabilisation du lecteur. Dans le même esprit, on peut noter l’utilisation du pronom «on» (ligne 2) dans l’expression «on dit que [...]» ou le verbe modalisateur «je crois» qui semble vouloir signifier l’incertitude, les doutes d’Usbek qui préfère relativiser sespropos avant de se lancer dans des conclusions bien trop hâtives. Le narrateur feint ainsi de donner un point de vue objectif, neutre sans parti pris, sans jugement personnel. Enfin, il faut noter le lexique de la recherche scientifique utilisé par le personnage avec des expressions comme : «j’ai étudié» (ligne 4) ; «j’y ai trouvé» (ligne 4) ou «résoudre» qui montre qu’Usbek se livre ici à uneétude particulièrement rigoureuse de la personnalité du roi avec une apparente neutralité. Le titre même de la lettre «le roi de France est vieux» se conçoit dès lors que l’on comprend que c’est un regard étranger qui parle. Cet irrespect est semble-il pardonnable de la bouche d’un Persan et la périphrase «le roi de France» pour désigner Louis XIV nous conforte dans cette idée. Le personnage...
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