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  • Publié le : 9 avril 2011
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Yves Gineste * étudie le soin et les communications non verbales, en assurant des formations riches de la prise en compte de plus de 17000 patients. Il ouvre pour nos lecteurs quelques pistes.

Comment communiquer sans les mots avec une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ?

L’être humain est un être de communication. A sa naissance, les trois piliers de communication sont le regard,la parole et le toucher. Mais ce qui est naturel en communication avec des nouveau-nés, peut complètement disparaître dans l’accompagnement des fins de vie des patients non communicants. o Le regard est le premier canal de communication. Pour un patient, comment vivre quand on n'est pas regardé ? Mais pour un soignant, un accompagnant, comment regarder la mort en face sereinement, l’extrêmevieillesse, image de ce que nous serons peut-être ? Avec les patients très atteints, très souffrants, mourants, déments agressifs... la réaction naturelle, simplement humaine, est de ne pas regarder. C’est pour cela qu’il faut “apprendre” à regarder. Qui sait aujourd’hui, parmi les soignants et les accompagnants, que 60 % des patients atteints de la maladie d’Alzheimer ne verront plus sur les côtés,mais auront une vision en tunnel ? Savoir cela oblige à modifier notre approche, pour arriver de face, par le pied de lit et non du côté des barrières de lit, à se rapprocher, se mettre à niveau, et surtout nous oblige à prolonger les regards. Si l’on n’a pas réfléchi au regard, appris à regarder, comment regarde t-on ? Naturellement, bien sûr. Et comment regarde t-on naturellement un patient quinous crache à la figure, qui nous pince, qui hurle, ou qui semble ne plus être là ? Comment regarde t-on naturellement quelqu’un de très lourd, avec qui l’on sait que l’on

aura des difficultés de mobilisation ? Et quelqu'un qui baigne dans ses selles ? Alors, ceux qui ont le plus besoin de nos regards sont les moins regardés... o La parole : L'émetteur (ici le soignant ou le parent), envoie unmessage verbal (par exemple bonjour), vers un récepteur(le patient). Mais en même temps, l'émetteur attend une réponse, en temps réel, pour continuer sa conversation. Pour continuer une communication, il est normal, naturel d'attendre une réponse. La plupart du temps, la réponse est non-verbale, c'està-dire une mimique, une simple expression de compréhension. Si le patient est incapable d'envoyerune réponse verbale ou non verbale, ou si la réponse est incohérente, non signifiante par rapport au message émis, alors très rapidement la communication verbale du soignant s'arrête. Il faut bien comprendre que personne n'y échappe. Que le silence des soignants n'a rien à voir avec un manque de coeur, d'intérêt. Mais comment accepter ce silence? La parole s'apprend, elle se travaille, elles'entraîne. Dans une chanson, la musique est liée à la parole. Sifflez l'air, les paroles vous viennent en tête, dites le texte, la musique resurgit. Dans l'acte de soin, la musique est en fait représentée par les gestes des soignants. Avec ces patients “acommunicatifs”, il convient de décrire tous nos gestes. C'est ainsi que nous aurons des conversations de ce type : Madame, je vais vous laver le bras(prédictif). Je vous soulève le bras, c'est le bras gauche, je vous savonne le dessus de la main, la paume, je vous lave l'avant-bras, je vous le lève etc (descriptif)... Cela paraît simple, mais cela nécessite un véritable entraînement. En décrivant ainsi les actes, la parole peut devenir automatique. En liant les mots aux perceptions du patient, le soignant fait aussi une véritable rééducation duschéma corporel. Cela suffit souvent à permettre au patient de ne pas s'enfoncer dans un syndrome d'immobilisme. (Rappelons que ce syndrome conduit le patient âgé à la grabatisation.)

Ce qu’il y a de remarquable, lorsque l'on utilise ces techniques, c’est l’incroyable fréquence des “réveils” de ces patients que l’on dit acognitifs, non communicants ou autre. De même, le taux de comportement...
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