Limite de l'adn

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1951 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 14 décembre 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Les limites des fichiers génétiques de la policeLa "preuve par l'ADN" n'est plus aussi infaillible qu'elle le paraissait au départ. Pour prévenir les erreurs, le concept de l'identification génétique propose de… ficher tout le monde. [ Le Monde - 23 décembre 2003 ]
En 1985, un professeur en génétique de l'université de Leicester (Royaume-Uni), Sir Alec J. Jeffreys, conçoit une nouvelle méthoded'identification de chaque individu, à partir des segments dits "non codants" de son ADN (sur lesquels on ne peut extraire d'informations physiologiques, morphologiques ou héréditaires, hormis le marqueur du sexe). Cette découverte est à l'origine de la création des fichiers génétiques de la police, qui permettent d'identifier les criminels, mais aussi d'innocenter les suspects. A partir de presquerien : une minuscule tache de sang, un seul cheveu, de la salive laisée sur un mégot ou un timbre, des traces de sueur sur un vêtement, ou encore, a fortiori, une gouttelette du sperme d'un violeur.
Vingt ans après la découverte d'Alec Jeffreys, la police britannique dispose du plus grand fichier d'empreintes génétiques du monde : il regroupe le profil de quelque 2 millions de personnes.Actuellement, "au moins 30 pays, dont 20 en Europe, ont constitué des bases de données génétiques" à des fins policières, note fièrement Sir Jeffreys. Selon lui, l'efficacité de ces bases n'est plus à prouver et la banque génétique de la police scientifique britannique, créée en 1995, est un "fantastique succès". Un avis partagé par le ministère de l'intérieur britannique, selon lequel "'il y a 40 % dechance pour qu'un prélèvement génétique, effectué sur le lieu d'un crime, soit immédiatement associé au profil d'un individu dont l'ADN est d'ores et déjà présent dans la base de données".
COURSE AU FICHAGEDe plus en plus de pays décident de suivre l'exemple d'outre-Manche, mais certains avancent prudemment. Les policiers britanniques sont en effet habilités à prélever l'ADN de simples suspects,et à le conserver même s'ils sont par la suite innocentés. Le fait de griller un feu rouge ou de consommer du cannabis suffit à autoriser un prélèvement génétique. En France, un tel fichage, initialement réservé aux seuls auteurs de crimes sexuels, est aujourd'hui étendu à la quasi-totalité des auteurs et suspects de "crimes et délits d'atteinte aux personnes et aux biens". En mars 2003, aux EtatsUnis, le ministre de la justice, John Ashcroft, a accordé un milliard de dollars de crédit, sur cinq ans, afin de stocker 50 millions de prélèvements génétiques - contre 1,3 million à l'heure actuelle -, en étendant le fichage ADN aux simples suspects américains, ainsi qu'aux mineurs.
Des objectifs chiffrés sont aussi assignés aux policiers européens : les Britanniques sont censés atteindre les 3millions de prélèvements en avril 2004. En France, Nicolas Sarkozy annonçait, en janvier 2003, un objectif de 400 000 prélèvements à la même année mais, malgré la récente prise d'empreintes de plus d'un millier de prisonniers, cet objectif a, depuis, été repoussé à la fin 2004.
Pour Alec Jeffreys, le résultat de cette course au fichage est ambigu. Il reconnaît que "plus la base de donnéescontient de profils génétiques, plus elle s'avère efficace", mais il souligne aussi que, plus la base de données est importante, plus le risque d'erreur est grand, "parce qu'elle est créée et gérée par des êtres humains".
LE CAS DES FAUX POSITIFSPlusieurs de ces erreurs ont déjà été recensées. En février 2000, la presse britannique révélait qu'un homme de 49 ans venait d'être innocenté d'un cambriolagedont il était accusé depuis des mois. Atteint de la maladie de Parkinson, ne pouvant se déplacer seul et disposant d'un alibi, Raymond Easton a pourtant clamé son innocence. Mais la police était formelle : l'ADN trouvé sur le lieu du cambriolage, à plus de 300 kilomètres de son domicile, correspondait au sien. La police se basait sur l'analyse de six segments de son empreinte génétique. Il n'y...
tracking img