Limites et remise en cause de l'hyperpuissance américaine

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  • Publié le : 28 février 2010
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Depuis la disparition de l’URSS, seul contrepoids mondial qui leur était opposé, les États-Unis sont devenus une hyperpuis­sance. Les années 1990 ont retenti du fracas des réacteurs et des bombes américaines. Paradoxe, cette hyperpuissance militaire se retrouve désarmée face au défi terroriste. Le 11 septembre 2001, les deux tours géantes du World Trade Center s’effondrent, le Pentagone est enflammes, une voiture explose près du Département d’État... Quatre avions détournés ont plus d’effica­cité que des missiles balistiques conventionnels. Les États-Unis sont-ils le nouveau Goliath ?

À l’issue de la démonstration magistrale de leurs capacités lors de la guerre du Golfe en 1991, on a pu qualifier cette victoire tellement complète de “guerre unilatérale”. Néanmoins, si les États-Unisavaient rencontré des échecs initiaux ou tardé à vaincre, l’heure des règlements de comptes aurait sonné au Moyen-Orient. Les forces armées des États-Unis sont garantes de la paix dans le monde, mais il s’agit d’une paix américaine. Force est de constater que les engagements américains sont sélectifs et conformes à leurs intérêts. L’ONU n’a d’efficacité qu’avec le concours américain et, encontrepartie, donne aux États-Unis la figure d’un justicier mondial. Lors de la guerre du Kosovo (mars-juin 1999), l’ONU a même été mise de côté : l’OTAN est intervenue sans mandat sur simple décision améri­caine. Les autres puissances soit restent absentes, soit font figure de “brillants seconds”. L’Europe, partagée entre l’utopie, le renoncement et ses vieux démons, continue son déclin mondial amorcé en1918. L’alliance américaine maintient l’Europe occi­dentale dans la paix intérieure et la protège de conflits qui se rapprochent d’elle depuis vingt ans. Avec l’affaire du Kosovo en mars 1999, elle ranime même la guerre en Europe par le bombardement de la Yougoslavie, un État souverain qui n’a pas commis d’agression en dehors de ses frontières. Militairement, l’Europe ne fait plus le poids. Lechiffre d’affaires et les effectifs de l’industrie de Défense américaine sont respectivement de 90 milliards d’euros et de 1 300 000 personnes contre 45 milliards d’euros et 600 000 personnes pour l’Europe. Pendant la guerre du Golfe, les alliés arabes et musulmans des États-Unis ont mis en lice des effectifs deux fois supérieurs à ceux des Européens. En dépit de la démonstration du Golfe,l’après-Guerre froide n’est pas une période de stabilité géopolitique.

À la suite des déclarations triomphalistes du Président George Bush, parlant de “Nouvel Ordre Mondial”, ou des sociolo­gues annonçant imprudemment “la fin de l’Histoire” en 1991, le monde s’est embrasé çà et là : guerres caucasiennes, guerre de Sécession yougoslave, guerres civiles africaines, interminable guerre d’Afghanistan... Lesmissions de l’armée américaine ont augmenté d’autant. L’Armée de Terre ou Army a conduit 10 opérations majeures de 1950 à 1989 et 25 entre 1990 et 1997. En définitive, les années 1990 furent celles des “guerres de routine”, destinées à entretenir l’appareil militaro-industriel et le rayon­nement des États-Unis. Elles ont surtout bénéficié aux fabri­cants de munitions intelligentes. En fait, le“Nouvel Ordre Mondial” ou la mondialisation sont les objectifs majeurs de la stratégie intégrale poursuivie par les États-Unis : une stratégie qui mêle étroitement économie, diplomatie et défense. Cette stratégie intégrale, héritière de la “destinée manifeste” pressen­tie dans les années 1890, oblige les États-Unis à l’initiative. L’isolationnisme n’est plus de mise chez les dirigeants. Les États-Unissavent que, par leur prééminence même, ils sont la cible par excellence de tous ceux qui veulent réviser l’ordre mondial.

Depuis 1989, les opérations militaires américaines ont profondément modifié la nature des relations internationales. Les États-Unis ne font plus la différence entre temps de paix et temps de guerre. Les opérations ont été déclenchées par surprise (Panama, 1989) ou après...
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