Litterature

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  • Publié le : 12 juin 2011
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La «littérature carcérale», récits de celles et ceux qui témoignent sur leurs années de prison, n’est pas fille de ce siècle. Du fond de leurs cellules, là où la liberté, l’amour et la joie de vivre ne sont plus que rêves et nostalgie, les prisonniers politiques écrivaient et créaient : peinture, poésie, dessins, récits, romans. Un acte de résistance contre l’avilissement de l’homme, untémoignage de la volonté de survie. Sinon, comment expliquer que dans les plus bestiales conditions, quand la voix est bâillonnée, les mains ligotées et les yeux bandés, l’on arrivait encore à écrire des poèmes. «Appris par cœur, ces vers circulaient sous le manteau entre les camarades, à Derb Moulay Cherif, comme un ruisselet qui creusait ses méandres malgré tous les interdits», se rappelle un des hôtes dece lieu secret et abject de détention.

La prison, une architecture destinée par essence à assassiner toute capacité de création
Abdallah Zrika, poète et victime de ces années noires, voyait dans ce besoin d’écrire des vers une échappatoire au carcan : «La prison, dans son essence même, est une architecture pour étouffer la voix, tuer la volonté du prisonnier et assassiner en lui toutecapacité de création». Ainsi s’exprimait-il, en 1982, dans les colonnes de la défunte revue Al Badil, dirigée par Bensalem Himmich, qui avait consacré un dossier spécial à cette littérature. Le numéro, qui avait miraculeusement trompé la vigilance de la censure, fut enlevé in extremis des kiosques. Il fut le dernier de la vie éphémère de ce téméraire support culturel. Abdellatif Laâbi, Salah El Ouadie,Ahmed Habchi, Abdallah Zrika, Jaouad Mdidech, Abdelkader Chaoui, Abdelaziz Mourid, et d’autres, y avaient apporté leurs premiers témoignages, sous forme de récit, de poème, de dessin ou de nouvelle.
En cette même année 1982, sortit en Allemagne Plus de 1001 nuits, un recueil de poèmes entièrement signé par une dizaine de prisonniers politiques parmi la centaine qui moisissaient dans les cachotshumides de la prison centrale de Kénitra. Un travail de titan. Griffonnées sur des bouts de papier, passées avec amour et précaution de main en main, ces créations de l’esprit franchirent subrepticement le portail de la prison et arrivèrent, comme un oiseau rare auquel on a arraché les ailes, entre les mains de militants d’Amnesty international, disséminés aux quatre coins de la planète. Sousl’impulsion de Heinrich Böll, prix Nobel de littérature, qui entretenait une relation épistolaire avec un de ces détenus, les poèmes et les dessins furent rassemblés tels les morceaux épars d’un manuscrit antique et envoyés à l’imprimerie sur le chemin de l’édition et de la postérité.

Griffonnés sur des bouts de papier, les écrits parvenaient à franchir les murs des prisons
Dans cet ouvrage, entreautres morceaux de choix, celui de Saïda Mnebhi, écrit une année avant qu’elle ne succombe, en 1978, à une longue grève de la faim :
«Je veux rompre ce silence, humaniser ma solitude
Ils m’ont désœuvrée pour que rouille ma pensée
et que gèle mon esprit.
Mais tu sais toi que je chéris, que tel un volcan qui est en vie
Tout en moi est feu... pour brûler les lourdes portes
Tout en moi estforce...pour casser les ignobles serrures... et courir près de toi... me jeter dans tes bras».
En ce début des années 1980 suivirent deux témoignages, d’une fine plume, consacrant les talents d’écrivain-poète engagé de Abdellatif Laâbi et de Abdelkader Chaoui.
Deux ans après sa libération en 1980, après huit années d’incarcération, le premier signa aux éditions Denoël son récit, Les chemins des ordalies.On était encore en pleines années de plomb et trouver un éditeur marocain pour le publier relevait de l’utopie. Le récit est autobiographique, l’auteur y est ballotté entre la description de l’univers carcéral qu’il venait de quitter et celle de la liberté fraîchement retrouvée.
Le deuxième témoignage, Kana oua akhaouatouha, était celui de Abdelkader Chaoui, depuis la prison où il purgeait...
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