Litterature

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  • Publié le : 14 novembre 2009
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LE FAIT LITTÉRAIRE

C. Barbafieri
 
Emmanuel Fraisse et Bernard Mouralis, Questions générales de littérature, Paris Le Seuil, coll. " Points/Essais-Inédits ", 2001, 298 p.
Le projet des deux auteurs est nettement de démystifier la littérature en refusant de la considérer comme unensemble de monuments littéraires défiant les siècles qui passent. En condamnant une conception essentialiste de la littérature, il s'agit pour eux de considérer l'oeuvre d'art comme le produit d'un temps, d'un espace et d'une société et de réhabiliter, dans la pratique que constitue la littérature, l'auteur et plus encore le lecteur.

La question de l'auteur, abordée dans le chapitre I (p.25-30) et dans le chapitre II (p. 115-126), est l'objet de pages intéressantes. Dans le premier chapitre, on retiendra l'étude sur le nom de l'auteur et en particulier sur les pseudonymes choisis par Isidore Ducasse, étude qui se révèle particulièrement riche. Le chapitre II insiste sur la dimension proprement opératoire de la fonction-auteur. L'auteur, dont, avec Barthes et le structuralisme, lacritique universitaire a entériné " la mort " – avant de le ressusciter dans les années 1990 (autour de Michel Contat notamment), a pour fonction théorique de désigner l'oeuvre et d'en assurer les limites en regroupant des productions qui peuvent sembler éclectiques.

Le problème de la définition de l'oeuvre d'art en littérature ouvre le chapitre II en montrant les limites d'une approcheessentialiste et statique. Comment prétendre définir dans l'absolu la littérature, alors que celle-ci est mouvante, que le panthéon littéraire fluctue, certains auteurs étant reconnus bien après leur mort (Sade célébré par les Surréalistes), tandis qu'inversement d'autres tombent dans l'oubli une fois leur époque passée (comme Barrès) ? Deuxième aporie de l'approche essentialiste : la distinction entre" grande " et " petite " littérature, qui présuppose une hiérarchie des genres et a amené à voir durablement en Dumas, classé comme un auteur de romans d' " aventures ", un écrivain sympathique et sans prétentions, qui ne mérite pas dans tous les cas l'attention de l'université. Il faut donc, conclut E. Fraisse, renoncer à définir la littérature d'après des critères intrinsèques pour chercher à lacerner dans les manifestations qu'elle suscite à travers le temps, le lieu et les sociétés.

Pour montrer l'impossibilité de la nette clôture de l'oeuvre et donc la part de choix critique qui préside à sa construction, E. Fraisse s'attache ensuite à analyser la notion d'oeuvres complètes. Ces pages (100-115) nous ont semblé parmi les plus intéressantes du livre, pourvu que l'on s'intéresse à laquestion de l'édition des textes. La notion d'oeuvres complètes, qui s'impose dans le courant du XVIIIe siècle, est loin, montre E. Fraisse, d'être une évidence. Au plan technique de l'édition, faut-il opposer les ouvrages publiés par l'auteur (ou sur le point d'être publiés) aux manuscrits privés ? C'est faire la part belle aux accidents de la vie (au premier rang desquels la mort) qui ne dépendentpas forcément de la volonté de l'auteur, et ne pas trancher sur la question des oeuvres inachevées (que faire par exemple de Lucien Leuwen, roman inachevé mais qui est pourtant " terminé " selon Stendhal ?). Et quel statut accorder à la correspondance " semi-privée ", qui a été lue dans un cercle intime ? Les problèmes pour déterminer le commencement et la fin de l'oeuvre se posent dans toute leurcomplexité quand il s'agit d'éditer les Œuvres complètes de Rimbaud. Faut-il distinguer les écrits de jeunesse des " véritables " productions littéraires ? La correspondance (roulant souvent sur les sujets les plus divers et les plus triviaux) appartient-elle aux écrits " littéraires " ou non ? Autant de choix qui amorcent une interprétation et une prise de position dans la constitution du mythe...
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