Livre "tartuffe"

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  • Publié le : 16 mai 2011
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La scène est à Paris.

ACTE I

Scène 1
Madame Pernelle et Flipote sa servante, Elmire, Mariane, Dorine, Damis, Cléante.
Madame Pernelle
Allons, Flipote, allons, que d’eux je me délivre.
Elmire
Vous marchez d’un tel pas qu’on a peine à vous suivre.
Madame Pernelle
Laissez, ma bru, laissez, ne venez pas plus loin ;
Ce sont toutes façons dont je n’ai pas besoin.
Elmire
De ce que l’onvous doit envers vous on s’acquitte.
Mais, ma mère, d’où vient que vous sortez si vite ?
Madame Pernelle
C’est que je ne puis voir tout ce ménage-ci,
Et que de me complaire on ne prend nul souci.
Oui, je sors de chez vous fort mal édifiée ;
Dans toutes mes leçons j’y suis contrariée ;
On n’y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c’est tout justement la cour du roi Pétaut.
Dorine
Si...Madame Pernelle
Si... Vous êtes, mamie, une fille suivante
Un peu trop forte en gueule, et fort impertinente ;
Vous vous mêlez sur tout de dire votre avis.
Damis
Mais...
Madame Pernelle
Mais... Vous êtes un sot en trois lettres, mon fils ;
C’est moi qui vous le dis, qui suis votre grand’mère,
Et j’ai prédit cent fois à mon fils, votre père,
Que vous preniez tout l’air d’un méchantgarnement,
Et ne lui donneriez jamais que du tourment.
Mariane
Je crois...
Madame Pernelle
Je crois... Mon Dieu, sa sœur, vous faites la discrète,
Et vous n’y touchez pas, tant vous semblez doucette ;
Mais il n’est, comme on dit, pire eau que l’eau qui dort,
Et vous menez sous chape un train que je hais fort.
Elmire
Mais, ma mère...
Madame Pernelle
Mais, ma mère... Ma bru, qu’il ne vous endéplaise,
Votre conduite en tout est tout à fait mauvaise ;
Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux,
Et leur défunte mère en usait beaucoup mieux.
Vous êtes dépensière ; et cet état me blesse
Que vous alliez vêtue ainsi qu’une princesse.
Quiconque à son mari veut plaire seulement,
Ma bru, n’a pas besoin de tant d’ajustement.
Cléante
Mais, Madame, après tout...
Madame PernelleMais, Madame, après tout... Pour vous, Monsieur son frère,
Je vous estime fort, vous aime, et vous révère ;
Mais enfin, si j’étais de mon fils, son époux,
Je vous prierais bien fort de n’entrer point chez nous.
Sans cesse vous prêchez des maximes de vivre
Qui par d’honnêtes gens ne se doivent point suivre.
Je vous parle un peu franc, mais c’est là mon humeur,
Et je ne mâche point ce que j’aisur le cœur.
Damis
Votre Monsieur Tartuffe est bien heureux sans doute...
Madame Pernelle
C’est un homme de bien, qu’il faut que l’on écoute,
Et je ne puis souffrir sans me mettre en courroux
De le voir querellé par un fou comme vous.
Damis
Quoi ! je souffrirai, moi, qu’un cagot de critique
Vienne usurper céans un pouvoir tyrannique,
Et que nous ne puissions à rien nous divertir
Si cebeau Monsieur-là n’y daigne consentir ?
Dorine
S’il le faut écouter et croire à ses maximes,
On ne peut faire rien qu’on ne fasse des crimes :
Car il contrôle tout, ce critique zélé.
Madame Pernelle
Et tout ce qu’il contrôle est fort bien contrôlé.
C’est au chemin du Ciel qu’il prétend vous conduire
Et mon fils à l’aimer vous devrait tous induire.
Damis
Non, voyez-vous, ma mère, il n’estpère ni rien
Qui me puisse obliger à lui vouloir du bien.
Je trahirais mon cœur de parler d’autre sorte ;
Sur ses façons de faire à tous coups je m’emporte ;
J’en prévois une suite, et qu’avec ce pied plat
Il faudra que j’en vienne à quelque grand éclat.
Dorine
Certes, c’est une chose aussi qui scandalise
De voir qu’un inconnu céans s’impatronise ;
Qu’un gueux, qui, quand il vint, n’avaitpas de souliers,
Et dont l’habit entier valait bien six deniers,
En vienne jusque-là que de se méconnaître,
De contrarier tout et de faire le maître.
Madame Pernelle
Hé ! merci de ma vie, il en irait bien mieux
Si tout se gouvernait par ses ordres pieux !
Dorine
Il passe pour un saint dans votre fantaisie :
Tout son fait, croyez-moi, n’est rien qu’hypocrisie.
Madame Pernelle
Voyez la...
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