Logiques spatiales et processus de gentrifications : l'exemple des bobos

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  • Publié le : 6 juin 2011
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« Les bobos investissent la banlieue rouge de Paris ». C’est par ce titre accrocheur que la journaliste du monde Béatrice Jérôme évoque la gentrification dans l’édition du dimanche 30-lundi 31 mai 2004.
Le terme de gentrification a été forgé en 1964 par le chercheur britannique Ruth Glass dans un ouvrage intitulé Introduction to London : aspects of change où il étudie les changements sociaux deLondres et se demande pourquoi une partie de la population de la classe moyenne s’est installée dans certains quartiers dégradés du centre-ville au lieu d’emménager en banlieue. De fait, la gentrification apparaît comme une anomalie et s’oppose à la représentation de l’espace social urbain de cette époque. Mais l’extension de ce processus à tous les pays industriels a conduit les chercheurs à s’yintéresser de plus près et à y voir autre chose qu’une simple anomalie.
Le mot « gentrification » est un néologisme et n’a pas été traduit en français afin de ne pas appauvrir le concept en l’assimilant à un « embourgeoisement » trop réducteur. Car, en effet, pour la géographe Catherine Rhein il s’agit d’un « double processus d’embourgeoisement de la population d’un quartier et deréhabilitation de ses logements, appropriés par les nouveaux habitants, qui s’accompagne d’une hausse des prix immobiliers et d’un changement de statut de la location à la propriété-occupante entraînant une éviction des classes populaires, traditionnellement implantées dans ce type de quartier » (p. 115). En outre, il convient plutôt de parler de processus de gentrification au pluriel.
Dès lors,quelles sont les conditions préalables au déclenchement des processus de gentrification et ces processus sont-ils la traduction spatiale de la construction d’un groupe social ? Ainsi nous verrons que la construction de l’espace urbain par les interactions complexes entre les différents acteurs et le marché foncier est le point de départ des processus de gentrification (I), dont la stratégie dedistinction sociale basée sur le logement se traduit par un mode de vie nouveau et une nouvelle manière d’habiter un quartier (II), qui peuvent donner lieu à des conflits dans l’appropriation de l’espace et l’image sociale que l’on veut lui donner (III).

I. La construction de l’espace urbain par les interactions complexes entre les différents acteurs et le marché foncier : point de départ desprocessus de gentrification…

A] Marché foncier et allocation du sol urbain : une « économie » qui met en compétition les activités et les hommes

Dans nos sociétés, c’est l’échange marchand qui règle dans ses grandes lignes l’allocation du sol urbain. Cet échange a lieu sur un marché, le marché foncier, point de rencontre entre l’offre et la demande et qui obéit à des logiques ditesfoncières qu’il convient d’analyser pour comprendre la construction de l’espace urbain.

1) L’utilité de lieu à l’origine des prix fonciers 

Selon la théorie classique, le prix du sol urbain est l’aboutissement de la rencontre entre l’offre et la demande sur un marché foncier. Plus précisément, le prix du sol ou d’une parcelle déterminée est fixé en fonction de l’utilité que l’acheteurest prêt à reconnaître, c’est à dire en fonction de l’usage qu’il espère en faire. C’est donc l’utilisation la plus intensive, notamment par les satisfactions qu’elle peut apporter (activité, résidence ou emploi), qui finit par l’emporter dans un marché de la concurrence. Dès lors, chaque agent économique est amené à juger entre les avantages que procure une localisation et son coût. Ce choix, bienque d’ordre micro-économique, se doit d’être rationnel car si le jeu de la concurrence s’exerce librement, le marché parvient à une situation d’équilibre : « chaque parcelle trouvant son meilleur emploi et chaque emploi trouvant son meilleur emplacement » (p. 63). Or justement, le marché foncier n’est pas un marché où s’exerce la concurrence « libre et parfaite » puisque chaque localisation...
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