Louis ar(agon

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  • Publié le : 22 avril 2009
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Louis Aragon, « Ce que dit Elsa », Cantique à Elsa (1942)

Introduction

En 1928, Aragon, poète surréaliste, rencontre Elsa Triolet, à laquelle il consacre de très nombreux poèmes. Son engagement politique, auprès du parti communiste, ne le détourne pas complètement de sa muse, puisque en 1942, pendant l'Occupation, il lui consacre le Cantique à Elsa, dont « Ce que dit Elsa » est unfragment. Dans ce poème, il donne la parole à son épouse et lui laisse dévoiler les fonctions que doit remplir la poésie. Nous verrons dans un premier temps que l'écriture est envisagée comme le réconfort des malheureux, puis, dans un second temps, nous montrerons que le poème constitue un véritable art poétique.


I) Une poésie du réconfort

Le poète, à travers les paroles qu'il prêteà Elsa, présente la poésie comme un chant susceptible de guérir les plaies et d'étouffer les plaintes.

A. L’évocation des malheureux

De même qu'il prête sa voix à Elsa, le poète, par sa parole, donne vie à tous les malheureux, à tous ceux qui sont oubliés et négligés. D'une part, le poète communiste évoque le prolétariat. En effet, il se compare à un « couvreur » (v. 4) et supprimeainsi l'écart traditionnel qui sépare les poè­tes, les auteurs, les intellectuels, des travailleurs manuels. De plus, l'énu­mération « Où l'on trime où l'on saigne où l'on crève de froid » (v. 12) suggère la rudesse du travail. L'emploi d'un terme familier « trime » rend plus explicite la référence au monde ouvrier. L’allusion au « café noir » (v. 14) que l'on boit « au point du jour » suffit àpeindre des ouvriers qui quittent l'usine après une nuit de labeur et qui croisent ceux qui se ren­dent à leur travail. D'autre part, le poète résistant décrit la souffrance d'un peuple en guerre. Le champ lexical de la mort parcourt le poème (« sang », v. 3, « trépas », v. 10, « crève », v. 12, « chrysanthème », v. 23) et rappelle la fragilité de l'existence en temps de guerre. La vie est en effetmenacée par les combats armés, symbolisés par « les cuivres » (v. 8) de la musique militaire, par les privations qui sont responsables de la faim, de la soif (« apporte-moi l'eau pure », v. 1) et du froid (« où l'on crève de froid »), mais aussi par la torture. L’évocation du « bruit des chaînes » (v. 18) qui retentit dans la « nuit » (v. 19) et l'image du « chemin de croix » (v. 15) rappellent lestortures subies par les résistants pendant l'Occupation. Le poète est donc le porte-parole des sans voix.

B. L’annonce de la victoire

Son poème leur apporte un réconfort immédiat : il est le toit des sans-abri (« Comme un couvreur sur la toiture / Chante pour les oiseaux qui n'ont où se nicher », v. 4-5), « l'eau pure » et le « café » de ceux qui ont faim et soif. Mais si le poème estsusceptible de « donne[r] une raison de vivre » (v. 9), c'est surtout parce qu'il est porteur d'espoir. En effet, au fil des vers, le malheur semble reculer dans le passé, grâce à l'emploi de l'imparfait (« semblait », v. 10) et du terme « souvenir » (v. 18), tandis que s'esquisse un avenir radieux. Le poème se termine en effet sur un futur (« viendra », v. 25), soutenu par une allitération en [v]: l'expression « ver vivant » (v. 23) est en effet soulignée par sa position au centre du vers. Aux images morbides se substitue donc celle d'un soleil radieux, associé à la vie par le biais des sonorités. De plus, cette sonorité [v] se retrouve au fil du poème, à la fin du vers 9, dans « vivre », mais aussi à la fin des vers 19 et 20, dans le mot « veines » qui peut suggérer le sang de la vie, etdans la comparaison « comme au voilier le vent » (v. 20), image de mouvement, annonce de changement. Enfin, le poème est encadré par le lyrisme de l'amour, présent dans le tutoiement de l'intimité et dans le champ lexical de l'amour (« je t'aime », v. 1 et 21, « marie »> v. 25, « amour »). II efface les images de violence et laisse à entendre un dialogue amoureux « dans les lieux sans amour »...
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