Louise labe

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  • Publié le : 17 octobre 2010
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AMAL HELMI AZIZ
Professeur Adjoint,
Faculté des Lettres,
Université de Sohag

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LOUISE LABÉ vue par Marceline Desbordes-Valmore
( “ Élégie à Louise Labé ” ) et par Louis Aragon
( “ Plainte pour lequatrième centenaire d’un amour ”)
Élégie à Louise Labé

Quoi ! C’est là ton berceau, poétique Louise !
Mélodieux enfant, fait d’amour et d’amour,
et d’âme, et d’âme encore, et de mollesse exquise !
Quoi ! C’est la que ta vie a pris l’air et le jour !
Quoi ! Les murs étouffants de cette étroite rueont laissé, sans l’éteindre, éclore ta raison !
Quoi ! C’est là qu’a brillé ta lampe disparue !
La jeune perle ainsi colore sa prison..
non, ce n’est pas ainsi que je rêvais ta cage,
fauvette à tête blonde, au chant libre et joyeux !
Je suspendais ton aile à quelque frais bocage,
Pleind’encens et de jour aussi doux que tes yeux !
Et le Rhône en colère, et la Saône dormante,
n’avaient point baptisé tes beaux jours tramés d’or ;
dans un cercle de feu tourmentée et charmante,
j’ai cru qu’avec des fleurs tu décrivais ton sort,
et que ton aile au vent n’était point arrêté
sous ces réseaux de fer auxrigides couleurs ;
et que tu respirais la tristesse enchantée
que la paix du désert imprime aux jeunes fleurs ;
que tu livrais aux flots tes amoureuses larmes,
miroir pur et profond qu’interrogeaient tes charmes ;
et que tes vers émus, nés d’un frais souvenir,
s’en allaient sans efforts chanter dansl’avenir !
Mais tu vivais d’une flamme
raillée en ce froid séjour ;
et tu pleurais de ton âme,
ô salamandre d’amour !
Quand sur les feuilles parlantes
que ton cœur sut embraser,
tu laisses dans un baiser
courir tes larmes brûlantes,
ô Louise ! On croit voir l’éphémèreéternel
filer dans les parfums sa soyeuse industrie,
lorsque, tombé du ciel, son ardente patrie,
il en retient dans l’ombre un rayon paternel.
Fiévreuse, loin du soleil, l’insecte se consume ;
d’un fil d’or sur lui-même ourdissant la beauté,
inaperçu dans l’arbre où le vent l’a jeté,
sous unlinceul de feu son âme se rallume !...
l’amour se venge d’être esclave
Fièvre des jeunes cœurs, orages des beaux jours,
qui consume la vie et la promet toujours,
indompté sous les nœuds qui lui servent d’entrave,
oh ! L’invisible amour circule dans les airs
dans les flots, dans les fleurs, dans les songesde l’âme.
dans le jour qui languit trop chargé de sa flamme,
et dans les nocturnes concerts !
Et tu chantas l’amour ! Ce fut ta destinée.
Belle, et femme, et naïve, et du monde étonnée,
de la foule qui passe évitant la faveur,
inclinant sur ton fleuve un front tendre et rêveur,
Louise,tu chantas ! à peine de l’enfance
ta jeunesse hâtive eut perdu les liens,
l’amour te prit sans peur, sans débats, sans défense ;
il fit tes jours, tes nuits, tes tourments et tes biens !
Et toujours par ta chaîne au rivage attachée,
comme une nymphe triste au milieu des roseaux,
des roseaux à...
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