Luc ferry la naissance de l'esthétique

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  • Publié le : 18 janvier 2009
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Luc Ferry – La naissance de l'esthétique
La vocation essentielle de l'art est d'incarner une vérité tenue pour supérieure. La vérité, et donc l'esthétique, dépendent de l'histoire. Dans l'antiquité grec, dire la vérité c'est décrire le cosmos, l'harmonie de l'univers. A l'ère des monothéismes, il s'agit de la sublimité du divin. Dans nos démocraties humaines il est question de la profondeur etde la richesse du génie humain. Qu'il s'agisse du cosmos ou de la religion, la vérité est à l'extérieur de l'homme alors que la démocratie est faite par et pour les hommes : la loi démocratique procède de la volonté, des intérêts et de la raison des hommes. La culture et l'esthétique vont suivre ce mouvement : humanisme esthétique. Avant le XVIIIème, l'art n'est qu'une découverte, non pas uneinvention mais le reflet d'un autre monde; après, l'art devient création.
Double révolution de l'esthétique
Le concept d'esthétique (aistheis = sensation) symbolise cette humanisation. Il apparaît en 1750 (Aesthetica du philosophe Baumgarten). Le bouleversement dans l'ordre de l'art provient d'un double mouvement, parallèle sinon analogue à celle de la cité, la fin du théologico-politique :
1.L'originalité de l'auteur : Chez les anciens, le Beau se définit en termes objectifs ("mesure et proportion" - Philèbe) qui expriment l'ordre divin ou cosmique et non pas en termes subjectifs. On ne cherche pas le nom de l'artiste alors qu'aujourd'hui on connaît le nom de certains artistes sans connaître leur production. Le Beau ne s'impose pas comme un espace a priori commun. La vérité del'œuvre d'art se trouve maintenant dans l'artiste (Nietzsche), elle est devenue totalement subjective. L'œuvre n'est plus le reflet d'un monde supra-humain transcendant, elle est l'expression la plus achevée de la personnalité de l'auteur. L'exigence de l'originalité est devenue essentielle : le Beau ne peut plus être découvert, mais doit être créé, inventé ex nihilo. Le paradoxe et la crise de l'avantgarde procèdent (contradiction interne) de ce que l'innovation devient une tradition (plus de surprise)
2. Emergence de la notion de goût : capacité de distinguer le convenable de l'inconvenant, le beau du laid (Gracian). Les premiers traités d'esthétique insistent sur le fait que le Beau n'est pas un objet qui existe hors de nous => Montesquieu "Les sources du Beau, du Bon, et de l'Agréable sontdonc dans nous mêmes". L'artiste doit chercher l'harmonie, mais l'harmonie des facultés subjectives; ce n'est pas parce que l'objet est intrinsèquement beau qu'il plait, mais parce qu'il procure un certain type de plaisir intérieur qu'on le nomme beau => plus de monde commun, une pluralité de mondes particuliers à chaque artiste. Par exemple, pour le romantisme on peut encore parler d'universcommun, une représentation partagée du monde alors qu'aujourd'hui chaque "isme" se réduit quasiment à un seul artiste. L'époque post-moderne définit l'œuvre comme un prolongement de l'artiste (une œuvre unique ne suffit plus pour définir un artiste).
2.1 Mais alors comment expliquer, puisque le Beau est subjectif, l'existence de consensus autour des grandes œuvres ? Dans la recherche de lavérité : crise de l'universel, le "relativisme" est omniprésent toute norme, institution, morale ou politique est le produit d'une histoire dont la reconstruction épuise le sens. Il n'y pas, plus, de vérité absolue (Descartes y croyait encore !). Le relativisme est subversif dans la recherche de la vérité, mais banale pour l'esthétique. Le subversif pour l'esthétique est au contraire de se demandercomment fonder l'objectivité sur la subjectivité ? Comment penser le lien social dans une société qui prétend partir des individus pour construire du collectif ? Ironie => Il y a moins de désaccord sur la grandeur de Shakespeare que sur la validité de la physique copernicienne (Hume). Pourtant => au cœur de la subjectivité la plus intense et la plus avouée. Fin du XVIIIème 3 grandes réponses...