Lucidité, obstable au bonheur ?

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  • Publié le : 20 novembre 2009
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LA LUCIDITE EST-ELLE UN OBSTACLE AU BONHEUR ? Lequel d’entre nous n’a pas souhaité, à certaines occasions pénibles de son existence, pouvoir oublier ses soucis pour savourer la vie dans une bienheureuse insouciance ? Profiter de l’instant présent sans s’inquiéter de l’avenir ni des autres, n’est-ce pas le moyen le plus efficace et rapide d’atteindre le bonheur ? Si le bonheur dépend souvent decirconstances dont nous ne sommes pas les maîtres, il relève aussi de notre disposition intérieure. Envier le sort de l’insouciance, c’est dénier à la lucidité le pouvoir de nous rendre heureux. Être lucide consiste à accepter de regarder la réalité telle qu’elle est, avec ses souffrances, ses dangers, ses malheurs. Mais la lucidité est-elle un obstacle au bonheur ? Le problème qui se pose ici estcelui du rapport entre le bonheur, l’imagination et la réalité. Il est d’autant plus délicat que le bonheur est affaire de subjectivité et s’oppose à la réalité qui est commune à tous. Il semble qu’à ce titre il n’y ait aucune règle et que chacun soit livré à ses propres réflexions. Pourtant il se pourrait que le bonheur y gagne en qualité et en intensité à surmonter l’obstacle apparent de lalucidité. Dans un premier temps nous essaierons de comprendre en quoi la lucidité s’oppose au bonheur, en démasquant la réalité et en dévoilant ses illusions. Mais n’est-ce pas trop partial ? La réalité est-elle si négative que la lucidité ne puisse y déceler aussi de quoi nourrir non seulement l’espoir mais aussi le pouvoir d’être heureux ? C’est ce que nous analyserons dans un deuxième temps, avantde chercher comment concilier lucidité et bonheur, et sous quelles formes. -o-o-o-o-o-oLa lucidité se manifeste par une conscience aiguë de ce qui nous entoure. Elle implique que nous ne soyons plus dupes de certaines illusions et s’oppose à l’insouciance en découvrant la réalité d’un monde souvent cruel, parfois insensé, où la misère côtoie et engendre l’horreur, où il faut trop souvent se battrepour réussir. La prise de conscience de la misère du monde et de la folie des hommes, même pétris des meilleures intentions du monde, peut engendrer un pessimisme qui est souvent le corollaire de la lucidité, quand le cynisme ne s’y ajoute pas. La lucidité nous oblige également à tenir dompte des conséquences de nos actions. En dehors même de toute considération morale, qu’elle aura d’ailleurs tôtfait de dénoncer, la lucidité nous interdira certaines actions par crainte des conséquences fâcheuses possibles. Cette lumière crue ainsi projetée sur le monde dissipe les illusions dont elle dénonce l’infantilisme et crée un obstacle au bonheur de celui qui s’en fait l’apôtre, cherchant à miner le bonheur trop béat de ses contemporains. Par ailleurs l’homme lucide pourra chercher à tirer partide sa clairvoyance pour profiter de la crédulité des uns, déjouer les pièges des autres, se frayer son chemin et s’imposer sans scrupule, cherchant, à défaut d’un bonheur auquel il ne croit pas, des satisfactions ponctuelles. Si la lucidité se porte sur le monde extérieur, elle peut également se retourner vers celui qui la revendique. C’est par elle que nous prenons conscience de notre ignorance,de nos limites, de nos insuffisances... Pouvons-nous jouir d’une bonheur béat en sachant que nous sommes ignorants, que nous ne sommes pas toujours à la hauteur de ce que nous pourrions ou devrions être ? Il n’y a que les sots et les doubles ignorants, ceux qui ignorent qu’ils ignorent, qui se contentent d’un bonheur facile et aveugle. Si cela ne suffisait pas, nous pourrions nous rappeler quenotre existence est limitée dans et par le temps. L’homme est mortel et le sait, c’est même en cela qu’il se distingue des animaux. Le temps dévore tout et même si l’on essaie de repousser ses effets ils se font sentir… Le divertissement, la poursuite effrénée d’un bonheur facile, n’est-elle pas, comme nous le dit Pascal, une fuite devant la misère de notre condition humaine ? « C’est l’origine de...