Mémoires

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  • Publié le : 6 novembre 2009
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La mémoire tire sa force des sentiments qu’elle mobilise : elle installe le souvenir dans l’affectif, voire le mythe et le sacré. Ouverte à la dialectique de l’amnésie et du souvenir, guère consciente de ses enrichissements et déformations successifs, elle est en évolution permanente et susceptible de longues latences et de soudaines revitalisations. Elle recèle aussi d’étonnantes richesses : laforce d’une expérience, la restitution des représentations dominantes d’une époque, la capacité à intégrer…

Les mémoires individuelles, les mémoires de groupes — qui constituent l’élément militant et moteur de la mémoire collective —, la mémoire diffuse dans la collectivité tout entière se côtoient et s’interpénètrent sans se confondre ; elles puisent dans le vivier des souvenirs directs outransmis et dans le stock d’informations reçues par des canaux ayant un statut officiel (commémorations, enseignement, médiatisation de la production et des débats scientifiques, etc.), qu’elles s’approprient de façon plus ou moins explicite.

S’il existe une inévitable compétition entre mémoire et histoire, entre fidélité et " reconnaissance " d’une part et explication et vérité vraisemblable del’autre, il est mutilant d’établir entre elles une hiérarchie absolue (dans un sens ou dans l’autre) et une frontière infranchissable.

Reste que l’histoire est volonté de comprendre, mise en récit problématisée, transformation en pensé de ce qui est ordinairement de l’ordre du vécu affectif et émotionnel ou du système de représentations. En faisant leur métier, les historiens invitent doncleurs contemporains à partager désir de connaissance, respect de la rigueur et distinction des plans ; opération intellectuelle qui appelle analyse et discours critique, l’histoire rejoint l’universel et la part de libération qu’il recèle.

- Bédarida François, Histoire, critique et responsabilité, Complexe/IHTP CNRS, " Histoire du temps présent ", 2003, 358 p.
- " Les historiens et le travail demémoire ", Esprit, août-septembre 2000.
- La Mémoire, entre histoire et politique (s.d. Yves Léonard), Cahiers français n° 303, juillet-août 2001.
- Nora Pierre, " Entre mémoire et histoire ", Les Lieux de mémoire, I. La République, Gallimard, " Bibliothèque illustrée des histoires ", 1984, p. XV- XLII.
- Prost Antoine, Douze leçons sur l’histoire, Seuil, " Points histoire ", 1996, p. 101-125et 283-306.
- Ricœur Paul, La Mémoire, l’Histoire et l’Oubli, Seuil, " Points essais ", 2003, 689 p.
- Rioux Jean-Pierre, " Devoir de mémoire, devoir d’intelligence ", Vingtième siècle. Revue d’histoire, janvier-mars
2002, p. 157-167.

La mémoire du Génocide et celle de la Résistance, par la gravité et l’importance des faits sur lesquels elles portent comme par leur prégnance dans le débatpolitique et philosophique, font partie des thèmes à privilégier.

Dans l’après-guerre, la singularité du Génocide est peu reconnue : il est inclus dans la déportation, voire dans la somme des souffrances de l’Occupation. La figure de référence du déporté est celle du résistant et l’amalgame est fait entre tous les types de camps, dont Buchenwald ou Dachau, selon les sensibilités, constituent lesexemples emblématiques. Les associations juives souhaitent d’abord affirmer leur appartenance à la communauté nationale, et leurs urgences vont à l’entraide et à la reconstruction. Au demeurant, les rescapés des centres d’extermination occupent une place modeste au sein de l’ensemble de ceux qui reviennent de déportation : 54 % du total des partants, mais 6 % des survivants ; leurs témoignages,nombreux dans les toutes premières années de l’après-guerre mais difficilement reçus par la société, se tarissent ensuite. Nuit et Brouillard (1956), d’Alain Resnais et Jean Cayrol, qui concerne le système concentrationnaire dans son ensemble et présente une vision univoque du camp et du déporté, apparaît révélateur de cette période d’une quinzaine d’années. La décennie 1960 marque un tournant et...