Maîtriser les risques de la mondialisation

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  • Publié le : 21 mars 2011
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MAÎTRISER LES RISQUES
DE LA MONDIALISATION
Antoine Jeancourt- Galignani
Président de Gecina
Philippe Trainar
Directeur des affaires économiques, financières et internationales de la FFSA
Comme en son temps la technique, la mondialisation suscite aujourd'hui les craintes d'une humanité faustienne succombant au mouvement qu'elle a elle-même initié. De fait, les sociétés ouvertes sontconfrontées à des risques nouveaux et inconnus. Mais, plus que de risques incontrôlés, il s'agit de défis que nous devons relever de façon à en tirer tous les bénéfices que la mondialisation peut procurer à nos économies. Cela requiert tout à la fois une profonde adaptation de nos États nationaux et l'émergence d'une régulation mondiale renforcée.
Lorsque l'on évoque aujourd'hui les risques de lamondialisation, on suppose implicitement qu'il s'agit d'un phénomène nouveau qui engendre des risques nouveaux. Pourtant, elle ne date pas d'aujourd'hui. De tout temps, les civilisations ont établi des contacts et des échanges, dans lesquels, dès son apparition, la monnaie a joué un rôle fondamental, souvent très loin de ses frontières initiales comme nous le montre l'archéologie. De ce point de vue, lamondialisation économique et financière est à l'œuvre depuis la plus Haute Antiquité. Au cours des temps modernes, la mondialisation a connu trois étapes décisives qui lui ont donné chaque fois une dimension nouvelle, associée à des risques nouveaux. Tout d'abord, l'apparition puis le développement du capitalisme ont valorisé les échanges mondiaux dans des proportions jamais vues dans l'Antiquité.Ensuite, avec les Lumières, la Révolution française et les idéologies universalistes, les problèmes politiques, sociaux et économiques se sont posés de plus en plus souvent en termes très semblables dans tous les pays du monde. Cette évolution s'est accélérée avec le nouvel ordre international qui s'est peu à peu imposé au cours du XXe siècle, visant à abolir la guerre et à relativiser la basespatiale du droit international classique. Comme la guerre « juste » n'a plus de frontières, il en va de même pour le juste prix. Finalement, avec l'explosion des technologies de la communication et la fin de la guerre froide, les interactions économiques, sociales et politiques sont devenues tout simplement mondiales, en ce sens que, à quelques exceptions près (Cuba, Corée du Nord...), ellesimpliquent toutes les parties du monde.
Sur le plan économique et financier, qui nous intéresse ici, la différence entre la phase internationale antérieure et la phase proprement mondiale actuelle n'est pas aussi fondamentale qu'on pourrait le penser. Il n'en va pas de même sur le plan politique. En effet, chose jamais vue dans le passé, une puissance mondiale unique et un système économique deréférence unique se sont imposés avec les États-Unis. Cette domination de l'Amérique et de l'économie de marché qui a fait sa puissance provoquent des contestations nombreuses, surtout en Europe, et sans doute plus en France que dans beaucoup d'autres pays. Elles visent les risques d'un pouvoir excessif des entreprises multinationales, d'une exploitation accrue du travail, d'inégalités aggravées, de crisesfinancières plus aiguës et plus néfastes. Constatant un affaiblissement des États nationaux, les critiques de la mondialisation dénoncent tantôt les risques d'un espace dérégulé ouvert aux appétits des plus puissants acteurs économiques, tantôt la domination des États-Unis et des organisations internationales, qu'ils contrôleraient. Cette contestation bruyante veut ignorer les bénéficeséconomiques et sociaux qu'ont retirés les populations des pays développés et sous-développés, qui se sont ainsi ouverts ces dernières années. Elle veut aussi faire oublier les grandes souffrances des populations qui ont vécu l'enfermement de l'anti-mondialisation en Europe ou en Chine de 1930 à 1989. Pour autant, ce puissant mouvement d'ouverture les unes vers les autres des économies et des sociétés...