Macbeth

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  • Publié le : 21 février 2011
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L’ordre et le désordre (crisis of the degree)

La première scène de Macbeth doit être envisagée comme bien plus qu’une scène d’exposition (les règles du théâtre classique ne sont pas encore à l’ordre du jour) : elle donne la clé de la pièce, en installant, mieux que son intrique, ses présupposés, c’est à dire le dérèglement de l’univers qui s’inscrit d’entrée de jeu par l’irruption dessorcières (cf. ce qu’en dit Mallarmé, cité dans l’Introduction, p. 17). De ce dérèglement, on retiendra essentiellement
–        la noirceur et le chaos, le sale : tonnerre, pluie et boue ; Planons dans la crasse et dans l’air fumeux.
–        l’inversion des valeurs, affirmée dans ce que l’on pourrait qualifier de slogan, ou de mot d’ordre pour les sorcières : le hideux est beau, le beau est hideux,véritable mot d’ordre qui signe la fin des critères de différenciation culturels, et de la raison.
–        pire encore, la neutralisation des valeurs, qui aboutit à l’indifférenciation totale et ouvre la voie au chaos : la bataille perdue - gagnée : il en est ainsi de toute bataille, qui a normalement un vainqueur et un vaincu, un fort et un faible, un juste et un injuste, tous renvoyés ici dos àdos dans le chaos de la violence et dans l’indifférenciation.
Remarque : on pourrait voir ici une dialectique dans l’expression de la sorcière : Duncan, en croyant avoir neutralisé le traître Cawdor va précipiter sa perte et sa mort en récompensant Macbeth ; il perd en croyant gagner. L’interprétation est valable a posteriori, elle suppose que l’on sache ce qui va advenir, alors quel’interprétation du chaos installe et projette ce qui va être la loi du monde le temps de la pièce.
Le désordre et la noirceur sont ainsi filés tout au long de la pièce :
–        dans le monde naturel, on trouve un reflet du crime perpétré contre Duncan : La nuit a été bien troublée…97b; et le désordre se manifeste jusque dans les relations qu’entretiennent les animaux : le faucon (diurne) tué par la chouette(nocturne) – les prédateurs entre eux –, les chevaux de Duncan enfuis et qui s’entre-dévorent – le devenir carnivore – (109b). En ce qui concerne le monde végétal, c’est du sang qui est utilisé pour arroser la plante et noyer la mauvaise graine (217m). La terre d’Écosse est donnée comme une tombe, non une mère (197b).
–        dans le monde humain, et au premier chef dans sa dimension politique :–         Duncan, le bon roi, le bon père, celui qui récompense ses fidèles et punit les traîtres est tué et remplacé par un homme qui est une sorte d’incarnation du mal (on y reviendra). Pire encore, c’est le bénéficiaire de la récompense lui-même qui assassine son bienfaiteur. Duncan est dans l’ordre de la nature et ne soupçonne rien du danger que représente Macbeth, arbre planté, dont ilévoque la récolte, sans savoir qu’il s’agira de la trahison et de l’assassinat.
Remarque 1 : l’image de l’arbre est utilisée – mais à plus juste titre – à propos de Banquo : la souche de Banquo (119b) ; ou par Banquo lui-même : ainsi des semences du temps évoquées avec les sorcières (49h). Banquo est du côté de la nature et de ses signes, même s’il se trompe et ne sait pas les déchiffrercorrectement : ainsi de l’interprétation de la présence bénéfique des martinets dans la maison de Macbeth (69m) : Banquo ne sait pas que le monde est entré dans le chaos. Macbeth au contraire demande aux étoiles de dissimuler ses pensées, Lady Macbeth leur demande de la désexuer.
Remarque 2 : le mal cependant ne semble pas universel, et semble attaché au royaume d’Écosse, puisque l’Angleterre où se sontréfugiés les résistants à Macbeth a à sa tête un roi guérisseur et capable de prophéties (195 sq.) : l’envers positif des sorcières et des puissances du mal.
–        Les enfants du bon roi Duncan se montrent lâches et prennent la fuite au plus fort de la crise (à la découverte de l’assassinat), et laissent le pouvoir vacant et disponible pour Macbeth (107). Les fils ne prennent pas la place...
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