Macbeth

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  • Publié le : 29 novembre 2011
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LE LIVRE BRISÉ DE ROLAND BARTHES
Ce qui me fascine dans Nietzsche, ce n'est pas tel ou tel livre, c'est précisément le fragment, c'est précisément ce type d'écriture.[1]
Un élément cardinal de la sensibilité postmoderne réside dans sa fascination pour le chaos, dans sa prédilection pour l'errance, dans son engouement pour une « ambiance mentale discontinuiste plus sensible aux basculementsimprévisibles »[2], Serge Doubrovsky va même jusqu'à présenter l'exigence "fragmentale" comme un trait distinctif de l'autofiction : « Fragments épars, morceaux dépareillés, tant qu'on veut : l'autofiction sera l'art d'accommoder les restes. »[3]. Roland Barthes par Roland Barthes (1975), autofiction avant la lettre, en même qu'elle inaugure, après la crise des années soixante, un retour du sujet,porte à son extrême conséquence la brisure du texte. Nous nous proposons, à partir de ce livre qui a fait date dans l'histoire littéraire du genre autobiographique, de jeter la lumière sur son dispositif fragmental, afin d'élucider les enjeux et les perspectives qui ont présidé à un tel structural.
Barthes, très attaché à l'esthétique du fragment, ne cache pas sa résistance à la composition.L'esthétique de la rupture est informée par le principe nietzschéen que l'invention se fait dans le dissentiment. Cette prédilection pour l'écriture fragmentaire n'est assurément pas nouvelle dans le cas de Barthes ; la plupart de ses textes relèvent de cette forme brève qu'est le fragment :
Son premier texte ou à peu près (1942) est fait de fragments [...] Depuis, en fait, il n'a cessé de pratiquerl'écriture courte. (R B / R B, p. 89)
Le fragment est considéré par Barthes comme le lieu d'une écriture précaire et continuellement différée. La notion de fragmentarité porte atteinte à l'exigence classique de l'oeuvre fondée sur la perfection, la cohérence et l'achèvement. Un trait fondamental de la sensibilité postmoderne consiste, selon Lyotard, à remettre en question les notions d'unité,d'homogénéité et d'harmonie. Barthes intitule son dernier fragment "Le monstre de la totalité" (R B / R B, p. 156) comme pour nier l'achèvement de son livre qu'il apparente à "un texte sans fin" (Ibid.). Le discours "totalitaire" est celui d'une « parole continue, sans intermittence et sans vide, parole de l'accomplissement logique qui ignore le hasard »[4].
Le recours au fragment se justifie par unevolonté de confondre les genres, de perturber les horizons d'attente puisque le fragment, par son caractère autotélique (nous pensons au hérisson des Romantiques allemands), n'intègre pas le déterminisme textuel de l'ensemble dans lequel il se présente, au sens où aucun fragment n'est dicté pas par ce précède, pas plus qu'il n'annonce ce qui va suivre. L'imprévisibilité du contenu "fragmental" qui versedans tous les types de discours, et la réversibilité déictique (je, il et vous renvoient à une seule et même personne) rendent impérieuse « la nécessité de remodeler les genres » :
[...] pas plus pur imaginaire que la critique (de soi). La substance de ce livre, finalement, est donc fatalement romanesque. L'intrusion dans le discours de l'essai, d'une troisième personne qui ne renvoie cependant àaucune personne fictive, marque la nécessité de remodeler les genres : que l'essai s'avoue presque un roman : un roman sans noms propres. (R B / R B, p. 110)
Ce fragment donne à lire la revendication d'un discours polymorphe dans la suite du décadrement des genres : essai, roman et autoportrait renvoient à un seul et même texte. Non seulement le fragment est susceptible d'embrasser plusieursgenres, mais aussi le il, déictique romanesque par excellence, peut s'avérer porteur d'une "indexiation" égophorique. Ce n'est pas le mélange des genres (Miscellaneous) qui est visé ici, mais plutôt l'abolition des frontières. L'essai, aussi surprenant que cela puisse paraître, doit être appréhendé comme un récit "à la troisième personne". Pour reprendre une réflexion de Genette dans...
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