Madame

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  • Publié le : 23 novembre 2010
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Bovary
SESSION 2008

BACCALAURÉAT PROFESSIONNEL

ÉPREUVE DE FRANÇAIS

(L’usage de la calculatrice est interdit)

Coefficient : 3

Durée : 2 H 30

TEXTE 1

Emma s’est installée avec son mari, Charles Bovary, dans une petite ville normande où elle est confrontée à une vie monotone, qui la déçoit.

Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement. Comme les matelots endétresse, elle promenait sur la solitude de sa vie des yeux désespérés, cherchant au loin quelque voile blanche dans les brumes de l'horizon. Elle ne savait pas quel serait ce hasard, le vent qui le pousserait jusqu'à elle, vers quel rivage il la mènerait, s'il était chaloupe ou vaisseau à trois ponts, chargé d'angoisses ou plein de félicités jusqu'aux sabords. Mais, chaque matin, à son réveil,elle l'espérait pour la journée, et elle écoutait tous les bruits, se levait en sursaut, s'étonnait qu'il ne vînt pas ; puis, au coucher du soleil, toujours plus triste, désirait être au lendemain.
Le printemps reparut. Elle eut des étouffements aux premières chaleurs, quand les poiriers fleurirent.
Dès le commencement de juillet, elle compta sur ses doigts combien de semaines luirestaient pour arriver au mois d'octobre, pensant que le marquis d’Andervilliers, peut-être, donnerait encore un bal à la Vaubyessard. Mais tout septembre s'écoula sans lettres ni visites.
Après l'ennui de cette déception, son coeur de nouveau resta vide, et alors la série des mêmes journées recommença.
Elles allaient donc maintenant se suivre ainsi à la file, toujours pareilles,innombrables, et n'apportant rien ! Les autres existences, si plates qu'elles fussent, avaient du moins la chance d'un événement. Une aventure amenait parfois des péripéties à l'infini, et le décor changeait. Mais, pour elle, rien n'arrivait, Dieu l'avait voulu ! L'avenir était un corridor tout noir, et qui avait au fond sa porte bien fermée.
Elle abandonna la musique. Pourquoi jouer ? quil'entendrait ? Puisqu'elle ne pourrait jamais, en robe de velours à manches courtes, sur un piano d'Érard, dans un concert, battant de ses doigts légers les touches d'ivoire, sentir, comme une brise, circuler autour d'elle un murmure d'extase, ce n'était pas la peine de s'ennuyer à étudier. Elle laissa dans l'armoire ses cartons à dessin et la tapisserie. À quoi bon ? à quoi bon ? La couture l'irritait.- J'ai tout lu, se disait-elle.
Et elle restait à faire rougir les pincettes, ou regardant la pluie tomber.
Comme elle était triste le dimanche, quand on sonnait les vêpres ! Elle écoutait, dans un hébétement attentif, tinter un à un les coups fêlés de la cloche. Quelque chat sur les toits, marchant lentement, bombait son dos aux rayons pâles du soleil. Le vent, sur lagrande route, soufflait des traînées de poussière. Au loin, parfois, un chien hurlait : et la cloche, à temps égaux, continuait sa sonnerie monotone qui se perdait dans la campagne.

GUSTAVE FLAUBERT, Madame Bovary, première partie, chapitre IX, 1857.

TEXTE 2

L’action se déroule à Notre-Dame-du-Cachalot, en Gaspésie, territoire très isolé et désolé du Québec.

Duressac savait qu'ilpouvait toujours compter sur l'Ennui, principale industrie du village, pour calmer l'impatience de la population qui, depuis des années, s'étiolait comme les charmes d'une vieille star de cinéma. Il faut dire que l'Ennui de Notre-Dame-du-Cachalot était connu dans le monde entier comme la forme la plus pure du produit qui se trouvât sur terre. En fait, le gisement naturel d'Ennui qui employaitencore une vingtaine de personnes pouvait se targuer de ne jamais avoir connu une seule réduction de sa production depuis 1971, date à laquelle un villageois avait trouvé par accident le geyser intarissable dans le sol du village. L’heureuse découverte avait suivi la triste disparition de l’épouse de Robert Caplan, que ce dernier avait tenu à enterrer dans son jardin. C’est en excavant la fosse de...
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