Maison dieu

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Journal International De Victimologie International Journal Of Victimology
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Les vieux petits-enfants n'aiment plus leurs grands-parents ?
MAISONDIEU, J. [FRANCE] DOSSIER: MALTRAITANCE DES PERSONNES ÂGÉES Dossier dirigé par le Pr. Robert HUGONOT, ALMA France

Auteur
Psychiatre

Mots-clés transgénérationnel ; personnes âgées ; famille

Comme vous pouvez le constater, ce titre : “lesvieux petits-enfants n’aiment plus leurs grands-parents ?” est une affirmation transformée en question par l’artifice d’un point d’interrogation placé comme par raccroc à son terme. Il m’est venu à l’esprit lorsque Monsieur HUGONOT m’a invité à participer à cette journée et m’a demandé de réfléchir aux problèmes posés par certains cas de maltraitances signalés aux écoutants d’ALMA. À savoir : desmaltraitances exercées par des petits-enfants vieillissants sur leurs grands-parents, tandis que la génération intermédiaire des parents semblait rester à l’écart. Ayant réalisé que l’existence de ces conduites remettait en question la croyance répandue d’une tendresse particulière entre petits-enfants et grands-parents, je n’ai trouvé que le moyen de cette affirmation : /  s

interrogative àl’opposé de l’idée commune pour ébranler d’emblée cette dernière avant d’essayer de démontrer qu’elle n’est qu’un mythe. Mythe que l’on doit abandonner si on veut avoir une bonne appréhension de ces maltraitances particulières. Renoncer à l’illusion d’un amour transgénérationnel qui existerait naturellement, est en effet le préalable indispensable pour admettre le principe que des petits-enfantsvieillissants qui démontrent par leurs actes qu’ils n’éprouvent plus guère d’affection pour leurs grands-parents ne sont pas des êtres dénaturés. Afin de ne pas être offusqué par les maltraitances qu’ils exercent, car cela entrave leur compréhension et rend les interventions maladroites, il faut garder présent à l’esprit que l’amour n’est jamais un donné en soi. S’il en était ainsi ce serait uninstinct et non une



 

Déni de la haine et du rejet dans leurs relations, le mythe d’un amour sans faille entre petits-enfants et grands-parents impose donc une image idyllique des relations entre ces deux générations. Non seulement il est rassurant à cause de cela, mais en plus il permet de se démarquer du maltraitant par un sophisme dont il constitue le fondement : ce qu’il a faitje ne le ferai jamais car je suis humain et lui ne l’est pas ; la preuve c’est un maltraitant ! Il n’est donc pas étonnant que nous tenions à préserver cette belle image. Mais le prix à payer pour substituer la légende à la réalité est élevé. Non seulement cela conduit à faire des maltraitants des sortes de tarés plus ou moins inhumains, mais en plus cela interdit à chacun de s’interroger sur sonmanque de tendresse à l’égard de ses propres aïeux, et encore plus d’en faire état, sous peine de paraître anormal et de se faire rejeter de la communauté des gens biens. C’est pour cela, parce qu’elle censure le manque d’affection chez certains et qu’elle déshumanise ceux chez lesquels il se manifeste concrètement, que la légende de l’amour obligé des petits-enfants pour leurs grands-parents estpotentiellement délétère. Elle devient franchement malsaine lorsqu’elle est prise pour argent comptant comme une loi de la nature. En admettant au contraire qu’il s’agît seulement d’un mythe dont le sens est à décoder, le maltraitant cesse d’être perçu comme un monstre. Malgré l’indignation qu’il provoque, il reste un semblable en humanité à accepter comme tel, même si sa conduite est inacceptableet doit être condamnée. Mais le réintroduire dans la norme humaine, c’est admettre du même coup avoir les mêmes potentialités de mal faire que lui. C’est /  s 120

élection. C’est donc paradoxalement au nom de l’amour, pour lui permettre d’exister et pour lui donner la possibilité de se manifester, qu’il est indispensable de poser l’a priori que, quel que soit leur âge, les petitsenfants...
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