Malebranche

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  • Publié le : 1 janvier 2011
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[Ce n'est pas exactement un corrigé de commentaire « type bac », certains points (raison et passion, par exemple) ne sont pas développés, d'autres (l'évidence) le sont plus qu'il n'était possible en commentaire. Et on trouve ici des allusions à un cours particulier, dont l'élève ne dispose pas forcément (Kant, Rousseau). Mais cela respecte en gros la forme attendue d'un commentaire.

Jevois,par exemple, que deux fois deux font quatre, et qu'il faut préférer son ami à son chien, et je suis certain qu'il n'y a point d'homme au monde qui ne le puisse voir aussi bien que moi. Or je ne vois point ces vérités dans l'esprit des autres, comme les autres ne les voient point dans le mien. Il est donc nécessaire qu'il y ait une Raison universelle qui m'éclaire, et tout ce qu'il y ad'intelligences. Car si la raison que je consulte, n'était pas la même qui répond aux Chinois, il est évident que je ne pourrais pas être assuré que je le suis, que les Chinois voient les mêmes vérités que je vois. Ainsi la raison que nous consultons quand nous rentrons dans nous-mêmes, est une Raison universelle. Je dis : quand nous rentrons dans nous-mêmes, car je ne parle pas ici de la raison que suit unhomme passionné. Lorsqu'un homme préfère la vie de son cheval à celle de son cocher, il a ses raisons, mais ce sont des raisons particulières dont tout homme raisonnable a horreur. Ce sont des raisons qui dans le fond ne sont pas raisonnables, parce qu'elles ne sont pas conformes à la souveraine raison, ou à la Raison universelle que tous les hommes consultent.»

Nicolas MALEBRANCHE, La recherchede la vérité

Introduction

On oppose souvent la certitude propre aux mathématiques, leur universalité, au relativisme des valeurs morales. Malebranche ici semble avoir à coeur de faire voler cette distinction en éclats. Si, comme le montre l'analyse de l'évidence mathématique, la raison est universelle, elle semble l'être comme source de la morale aussi bien que comme fondement desmathématiques. Dès lors la seule distinction à conserver est celle qui oppose l'homme qui suit sa raison à celui qui écoute ses passions. Tout cela ne va pas sans difficulté. Dans le détail de l'argumentation, le texte de Malebranche semble souvent obscur, dans son argumentation comme dans ses conclusions. Quelle est la portée réelle et la valeur de ce rasionnement initial, par lequel il prétend conclure àl'universalité de la raison ? Que peut nous apprendre la réflexion sur l'évidence ? Quel nouveau rapport s'établit alors entre la raison et les passions ? Et enfin, y a-t-il des évidences morales comme il y a des évidences intellectuelles, ce qui signifierait que la morale doit se penser sous le signe de La vérité ? Ce n'est qu'après avoir tenté d'approfondir ces questionnements que nous pourronsévaluer la portée réelle de ce texte.

I – Présentation du texte et de ses difficultés

Le texte de Malebranche semble se ramener à deux parties nettement distinctes. La première présente un raisonnement en deux étapes, qui semble aboutir par deux fois à la conclusion qu’il y a en nous une raison universelle. La seconde revient sur le fait que les hommes ne suivent pas toujours cette raisonuniverselle, et sur la figure de l’homme passionné.
La première partie se présente sous la forme d’un raisonnement assez étonnant. Malebranche part de trois prémisses, qui sont la présence en lui de trois certitudes ou de trois évidences (« je vois »). Une évidence mathématique (deux fois deux font quatre), une évidence morale (il faut préférer son ami à son chien), une évidence « anthropologique » :tout homme peut voir ces vérités aussi bien que moi. La mineure1 de son raisonnement tient dans le fait que « je ne vois pas ces vérités dans l’esprit des autres, comme ils ne la voient point dans le mien », ce qui semble signifier que ce n’est pas en vérifiant la présence en autrui de ces certitudes que je m’assure de leur vérité. Cette mineure, qui semblerait pouvoir conduire à un doute...
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