Management

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Marc Mousli  16 mars 2009 

Les grandes figures du management 
De l’artisan à la manufacture 
Pendant  des  siècles,  les  formes  d’organisation  du  travail  ont  eu  fort  peu  de  points  communs  avec  celles  que  nous  connaissons  depuis  une  centaine  d’années.  La  fabrication  et  le  commerce  étaient  des  activités  intégrées  à  la  vie  familiale  de  l’artisan  ou  du marchand.  Ce  n’est  qu’à  la  fin  du  quinzième  siècle  que  Luca  Pacioli,  le  père  de  la  comptabilité  moderne,  a  conseillé  au  marchand  de  ne  pas  mélanger  les  comptes  de  son  ménage  avec  ceux  de  son  commerce ...   Le « management » a connu ses premiers balbutiements au dix‐neuvième siècle, et s’est épanoui au vingtième.    « Le  vingtième  siècle  sera  le  siècle  du management », écrivait  Henry  Mintzberg en 1989.  C’est  dans  les  années  1910  que paraissent les deux ouvrages fondateurs du management  moderne : « Les principes du management scientifique »,  de Frederick Taylor, en 1911, et  Administration industrielle et générale », d’Henri Fayol en 1916. Depuis, on compte  une  cinquantaine  d’auteurs  importants,  mais  le  management  au  quotidien s’inspire  encore  largement  des  deux  précurseurs.   La  question  de  l’organisation  ne  se  posait  guère  avant  la  « manufacture »,  qui  se  généralise  à  partir  du  dix‐huitième  siècle. On se souvient de la fabrique d’épingles d’Adam Smith, et des vertus supposées de la différenciation des tâches :  « J'ai vu une petite manufacture qui n'employait que dix ouvriers. Quand ils se mettaient en train, ils venaient à bout de  faire entre eux environ douze livres d'épingles par jour. Ainsi, ces dix ouvriers pouvaient faire entre eux plus de quarante‐ huit  milliers  d'épingles  dans  une  journée  ;  donc,  chaque  ouvrier  peut  être  considéré  comme  donnant  dans  sa  journée quatre mille huit cents épingles. Mais s'ils avaient tous travaillé à part et indépendamment les uns des autres, chacun  d'eux assurément n'eût pas fait vingt épingles, peut‐être pas une seule, dans sa journée » 1 .  Quant à l’anticipation, mère de la prospective, elle a toujours été plus ou moins présente dans les préoccupations des  dirigeants  et  des  auteurs,  à  partir  du  moment  où  il  fallait  investir  lourdement  dans  les  machines‐outils  et  dans  les bâtiments qui les abritaient, ou qu’il était nécessaire de se projeter dans l’avenir pour savoir ce que l’on ferait lorsque  les gisements de charbon ou de minerai en cours d’exploitation seraient épuisés. 

La rationalisation du travail : le moment Taylorien‐fordien. 
Malgré l’admiration de Smith devant la productivité supposée des épingliers, un ingénieur qui serait entré pour de bon dans une fabrique aurait sans doute remarqué un manque de coordination entre les postes de travail, de longs temps  de pause, des gestes approximatifs … et le souci des ouvriers de ne pas trop en faire, sous peine de voir le patron en  demander plus encore.   Dans l’Amérique de la seconde moitié du dix‐neuvième siècle, on appelait ce ralentissement volontaire des cadences « faire le soldat ». C’est à ces freins à la production que le jeune contremaître Frederick Taylor est confronté au début  de sa carrière, à la fin des années 1870. Il s’y attaque avec vigueur. Chronomètre en main, il observe et analyse avec  soin les modes opératoires des meilleurs ouvriers, puis recompose le travail en combinant les gestes les plus efficaces. Il  obtient  ainsi  la  meilleure  façon  d’opérer, « the  one  best  way ».  Sélectionnant  avec  soin  les  hommes  à  l’embauche,  il leur impose de soutenir le rythme ainsi « scientifiquement » établi.    Recherches  sur  la  nature  et  les  causes  de  la  richesse  des  nations  (1776),  chap.1.  En  fait,  Adam  Smith,  qui  a  lancé  l’expression « division du travail » pour désigner la différenciation des tâches, n’a jamais visité de fabrique d’épingles… 
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