Marbeuf je disais l'autre jour

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  • Publié le : 29 mars 2011
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Marbeuf, Recueil de vers
Je disais l’autre jour…

1. Ce sonnet s’annonce comme un bref récit
- Présentation des éléments constitutifs habituels
- Les temps employés marquent clairement les différentes étapes
- Un examen attentif des rimes montre tout un jeu subtil
2. Silvandre et sa belle s’opposent tout au long du sonnet
- De part sa structure- L’effet est renforcé par l’évolution des sentiments du narrateur
- La jeune femme délivre un double message
3. Ce sonnet peut être considéré comme un apologue
- Le cadre paraît conventionnel
- La fragilité des sentiments humains est mis en cause dans le sonnet

Texte :

Je disais l'autre jour ma peine et ma tristesse
Sur le bord sablonneux d'unruisseau, dont le cours
Murmurant s'accordait au langoureux discours
Que je faisais, assis proche de ma maîtresse.

L'occasion lui fit trouver une finesse :

« Silvandre (me dit-elle), objet de mes amours,
Afin de t'assurer que j'aimerai toujours,
Ma main dessus cette eau t'en signe la promesse. »

Je crus tout aussitôt que ces divins serments,
Commençant mon bonheur, finiraient mestourments,
Et qu'enfin je serais le plus heureux des hommes.

Mais, ô pauvre innocent, de quoi faisais-je cas !
Étant dessus le sable, elle écrivait sur l'onde,
Afin que ses serments ne l'obligeassent pas.

Problèmes de lecture :

- Vers 4 : attention au rythme : 4 + 2 // 1 + 5
- Vers 5 : diérèse avec « occasion » à prononcer o-cca-si-on (4 syllabes)
- Vers 12 : rythme 1 + 5Noter les enjambements dans le premier quatrain : problème => comment accorder le rythme et la syntaxe ? (contre-rejet et rejet) [le sens s’accorde avec ces enjambements puisqu’il s’agit du discours et du cours d’eau qui coulent touts deux de vers en vers – N.B. : on pourrait faire remarquer que le discours langoureux du narrateur est pris dans le même « cours » fugitif que celui de la femme.]Commentaire du sonnet :

Extrait de son Recueil de vers publié en 1628, ce sonnet en alexandrins de Pierre de Marbeuf met en scène un couple de bergers. Si l’homme semble éprouver un réel amour pour la femme, cette dernière se montre inconstante en lui faisant des promesses sans lendemain : la naïveté fera alors place à une plainte désabusée de la part de son compagnon trompé. Après avoirétudié le bref récit lyrique que le poète nous propose, nous rendrons compte de l’opposition entre les deux personnages avant de nous intéresser à la fragilité des sentiments humains dans un poème qui se rapproche de l’apologue.

En premier lieu, ce sonnet s’annonce comme un bref récit. Il en présente d’abord les éléments constitutifs habituels : le lieu est donné par le « bord sablonneux d’unruisseau » (vers 2) tandis que le temps est indiqué succinctement par un « autre jour » (vers 1). Quant aux personnages, ils sont au nombre de deux : une femme qui est la « maîtresse » (vers 4) - au sens d’amoureuse - et « Silvandre » (vers 6). Quant à l’action, elle est réduite à quelques éléments qui suivent la structure du sonnet : dans le premier quatrain, le berger se plaint à sa belle qui luirépond dans le second quatrain par une déclaration d’amour ; dans le premier tercet, le berger aurait pu s’estimer « le plus heureux du monde » (vers 11), mais les serments écrits sur « l’onde » à partir d’une base de « sable » (vers 13) démasquent la jeune femme. Tous les éléments sont donc réunis pour nous conter une courte histoire d’amour déçu.

Ce récit est d’autant plus apparent que lestemps employés en marquent clairement les différentes étapes. Ainsi, le décor est planté dans le premier quatrain par l’imparfait qu’on retrouve dans les verbes « disais » (vers 1), « s’accordait » (vers 3) et « faisais » (vers 4). Le passé simple intervient quand la belle prend l’initiative de répondre dans le deuxième quatrain : « fit » (vers 5) et « dit » (vers 6) indiquent cette étape. Le...
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