Marguerite duras, un barrage contre le pacifique « la mort des enfants »

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  • Publié le : 18 juin 2010
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Marguerite Duras, « La Mort des enfants »
Introduction

Marguerite Duras occupe une place particulière dans la production romanesque contemporaine. En effet, dès 1950, date de publication d’Un Barrage contre le Pacifique, elle délaisse les canons habituels de l’écriture romanesque (narration, description, rendu des personnages) au profit d’un style fondé sur la primauté du dialogue, qui tentede restituer un monde intermédiaire, entre le dit et le non-dit des pensées souterraines de chacun. Une étroite imbrication de la réalité et de la fiction caractérise nombre d’œuvres littéraires, en particulier les romans, où l’élément autobiographique est souvent facile à repérer. C’est ainsi que Marguerite Duras a donné pour cadre à l’un de des premiers romans, Un Barrage contre le Pacifique,l’Indochine française, où elle vécut jusqu’à l’âge de dix-sept ans. L’action du roman, le combat d’une femme pour conquérir des terres sur l’Océan qui les submerge périodiquement, est une transposition du combat que mena sa propre mère. Comme dans d’autres colonies, les paysans formaient la majorité de la population indochinoise, Marguerite Duras s’attache ici à peindre les enfants dans une évocationréaliste qui s’élargit en une vision poétique, où la mort se confond avec un fléau naturel.

Lecture

Jusqu’à un an environ, les enfants vivaient accrochés à leur mère, dans un sac de coton ceint au ventre et aux épaules. On leur rasait la tête jusqu’à l’âge de douze ans, jusqu’à ce qu’ils soient assez grands pour s’épouiller tout seuls et ils étaient nus à peu près jusqu’à cet âge aussi.Ensuite ils se couvraient d’un pagne de cotonnade. A un an, la mère les lâchait loin d’elle et les confiait à des enfants plus grands, ne les reprenant que pour les nourrir, leur donner, de bouche à bouche, le riz préalablement mâché par elle. Lorsqu’elle le faisait par hasard devant un Blanc, le Blanc détournait la tête de dégoût. Les mères en riaient. Qu’est-ce que ces dégoûts-là pouvaient bienreprésenter dans la plaine ? Il y avait mille ans que c’était comme ça qu’on faisait pour nourrir les enfants. Pour essayer plutôt d’en sauver quelque uns de la mort. Car il en mourrait tellement que la boue de la plaine contenait bien plus d’enfants morts qu’il n’y en avait qui avaient eu le temps de chanter sur les buffles. Il en mourait tellement qu’on ne les pleurait plus et que depuis longtempsdéjà on ne leur faisait pas de sépulture. Simplement, en rentrant du travail, le père creusait un petit trou devant la case et il y couchait son enfant mort. Les enfants retournaient simplement à la terre comme les mangues, sauvages des hauteurs, comme les petits singes de l’embouchure du rac. Ils

mouraient surtout du choléra que donne la mangue verte, mais personne dans la plaine ne semblait lesavoir. Chaque année, à la saison des mangues, on en voyait, perchés sur les branches, ou sous l’arbre, qui attendaient, affamés, et les jours qui suivaient, il en mourait en plus grand nombre. Et d’autres, l’année d’après, prenaient la place de ceux-ci, sur ces mêmes manguiers, et ils mouraient à leur tour car l’impatience des enfants affamés devant les mangues vertes est éternelle. D’autres senoyaient dans le rac. D’autres encore mouraient d’insolation ou devenaient aveugles. D’autres s’emplissaient des mêmes vers que les chiens errants et mouraient étouffés. Marguerite Duras, Un Barrage contre le Pacifique (1950)

Etude

I/ Une évocation réaliste
1/ Une masse indifférenciée

A bien des égards, cette page se présente d’abord comme un document sur les mœurs du peuple indochinois :écrite par un auteur qui a vécu en Indochine, elle offre au lecteur la garantie de l’authenticité, de la chose vue. Cette observation réaliste porte ici sur le nombre et la misère des enfants et pousse le lecteur à se demander en quoi ces petits hommes se distinguent des petits animaux. La première impression qui se dégage du texte est celle d’une masse grouillante d’enfants. De la première...
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