Marguerite duras

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  • Publié le : 24 mai 2010
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Marguerite Duras – L’Amant - Commentaire composé
Dès que j’atteins l’avenue, que le portail est refermé derrière moi, …, Dire que cette peur dépasse mon entendement, ma force, c’est peu dire. (p. 103 – p. 104 – Edition Minuit)

Pour Marguerite Duras, l’écriture autobiographique a eu une fonction cathartique. Elle n’a pas seulement permis d’ancrer les souvenirs sur papier, mais d’assimiler lesévénements et de faire ainsi un travail de deuil. La forme fragmentaire du roman permet le passage d’un souvenir à un autre, d’effectuer des décrochages temporels. C’est ainsi que l’évocation du personnage de la mendiante est en mesure de créer un lien intertextuel avec Un barrage contre le Pacifique qui narre déjà l’épisode de cette mendiante au pied rongé par les vers, abandonnant son enfant. Sicette folle a la faculté de surgir de nulle part, il n’y a nul doute que le passage précédent, soit la séparation définitive des amoureux, est un moment décisif de déclenchement. Il s’agit donc de montrer comment ce souvenir a servi de matrice et comment l’enfance a déterminé la naissance à l’écriture sous le signe de la peur et la folie.
L’Amant est un texte qui porte en lui des textesantérieurs, un Hypertexte qui incite à lire à rebours, vers le texte fondateur et matriciel qu’est Un barrage contre le Pacifique. Ces deux romans et le roman L’Amant de la Chine du Nord constituent le cycle indochinois, lequel interfère avec le cycle indien par le biais du climat, de l’époque coloniale et de deux personnages : il s’agit de la mendiante et d’Anne-Marie Stretter, la folle et la femme fatale.A défaut d’approche réaliste et descriptive des personnages, leur saisie poétique et symbolique fait d’eux des archétypes.
L’évocation du personnage de la mendiante provoque la peur de la folie que la jeune fille a ressentie sur sa propre chair lorsque, enfant de huit ans, elle fuyait la folle de Vinhlong : « J’entends son rire hurlant et ses cris de joie (...). Le souvenir est celui d’une peurcentrale. Dire que cette peur dépasse mon entendement, ma force, c’est peu dire. Ce que l’on peut avancer, c’est le souvenir de cette certitude de l’être tout entier, à savoir que si la femme me touche, même légèrement, de la main, je passerai à mon tour dans un état bien pire que celui de la mort, l’état de la folie. » La jeune fille craint la folle, mais elle a surtout peur que cette folie soittransmissible. La folie, c’est le point commun qu’elle partage, cette mendiante, avec sa mère. Par conséquent, si la folie est décisive pour l’abandon de son enfant, c’est maintenant le tour de la jeune fille d’être abandonnée. Abandon double, puisqu’il concerne aussi celui de l’amant.
La mendiante folle de Vinhlong, un double de la mère ? La peur intense ressentie par cette apparition lors de larencontre avec la folle a hanté l’écrivain, angoisse qui se reflète dans son univers romanesque : le pied rongé par les vers, abandonnant son enfant et arrivant à Calcutta après un long périple. La narratrice évoque aussi ce moment où l’image de sa mère s’est vidée de toute identité, où elle a vu la folie se substituer à la mère. La mère qui perd la raison suite à l’échec financier qu’a engendrél’achat de la concession, l’expression dans ses yeux quand elle bat sa fille, son comportement quand elle nettoie la maison, la démarche absurde de l’élevage de poussins dans sa maison. Néanmoins, la mendiante et la jeune fille ont également des traits communs ; les deux sont exclues de la société. La mendiante est le cas extrême de l’indigence indigène. Pieds nus de la mendiante évoquent lapauvreté, la misère. La jeune fille, elle, est exclue de ce monde parce qu’elle n’est pas des leurs et exclue du sien pour avoir transgressé les règles en vigueur.
L’émotion préside à l’acte littéraire. La stylistique et la syntaxe qui servent la fonction expressive de ce langage sont donc essentiellement émotionnelles. D’où l’importance de la répétition. Le personnage de la folle est fondé sur le...
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