Marie, apollinaire

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  • Publié le : 20 mars 2010
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NOTES SUR MARIE DE GUILLAUME APOLLINAIRE

DE LA MACLOTTE AU TEMPS QUI PASSE

Le texte du poème figure en caractères gras.

Une chanson sans ponctuation : Marie de Guillaume Apollinaire (in Alcools, La bibliothèque Gallimard, p.109).
Cinq strophes de cinq vers.

Dans la première strophe, les octosyllabes rappellent la naïveté des rondes enfantines :

Vous y dansiez petite fille
Ydanserez-vous mère-grand
C'est la maclotte qui sautille
Toutes les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie

L'accent rythmique, puisqu'on danse, tombe sur la quatrième syllabe des quatre premiers vers.
Le derniers vers échappe à la ronde ; il n'est pas neutre, il est plein de la subjectivité du poète :

Quand donc reviendrez-vous Marie

Et cependant, il est bien le dernier versd'un couplet, dans la tonalité naïve de la chanson, de la "maclotte" dont une note en bas de page de Henri Scepi nous dit qu'il s'agit d'une "danse ardennaise" ; c'est ainsi que Guillaume Apollinaire évite le sentimentalisme, le "poétisme", le ridicule d'un poème d'amoureux désolé.

Mais la ronde enfantine n'a qu'un temps et l'énigme, ce sujet réel du poème, réapparaît, avec la coutume de sesmasques :

Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

On pense aux masques d'Océanie et d'Afrique dont les débuts du XXème siècle furent si friands, énigmes silencieuses, muettes sur les rites dont ils furent les accessoires primordiaux, abandonnés souvent après lacérémonie comme une robe que l'on ne porte qu'une fois, une sorcière que l'on brûle à la fin du carnaval, inutiles masques désormais, laissés aux enfants, et si chargés de ce que nous nommons "l'être", le fantôme de toutes ces vies inaccessibles, fabuleuses, légendaires.

La musique est lointaine, la danse est finie, "aux cieux", c'est-à-dire "ailleurs", dans une autre pièce, une autre rue, une autresalle, le son d'un piano ou d'un violon que l'on entend dans les étages.

Dans cet apparaître fantômatique, le poète peut se complaire à "l'ancien jeu des vers" :

Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

Ainsi l'alexandrin, - et ici, il sonne comme un vers de Racine -, provisoirement, le temps d'un vers, supplante l'octosyllabe.
Ne pas être dupe : le versreste, le sentiment meurt avec le poète.
Et si son mal est "délicieux", au Guillaume, c'est surtout parce qu'il peut l'exprimer, le poétiser, le rentabiliser d'une certaine manière.
Amoureux, certes, il l'est mais il est surtout poète, créateur.
Un autre que lui se serait laissé suicider par ce mal d'amour.
Ceci dit, qu'est-ce que cette volonté d'aller défendre la France dans la boue des tranchéesde la première guerre mondiale, sinon laisser le destin et la mitraille décider pour lui ?

Retour à la pastorale des chansons :

Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un coeur à moi ce coeur changeant
Changeant et puis encor que sais-je

Image d'Epinal, images d'un paysage de l'Est rêvé : "des brebis sous la neige" et semêle la laine aux flocons qui tombent et le temps passe ; après les brebis, les "soldats", - la guerre n'est plus si loin, - le recueil "Alcools" est publié en 1913 -, et la mort du poète non plus - ; le temps passe comme une allitération : neige, argent, que n'ai-je, changeant, que sais-je.
La fricative sonore "j" fait tomber la neige et couler les jours.
Singulière allitération que cettefricative- là ; aérienne, légère comme un flocon justement, elle exprime la monotonie des neiges et des jours autant qu'elle suggère les légers changements de rythme et de ton que connaissent les ciels neigeux et la suite de nos jours.
En cela, évidemment, point de "coeur à soi", il est dans la neige, le coeur, dans les changements imperceptibles d'abord qui font que soudain on voit qu'il ne neige...
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