Marseille

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  • Publié le : 29 décembre 2009
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Marseille** de Jules Supervielle
Lecture :
1 Marseille sortie de la mer, avec ses poissons de roche, ses coquillages et
2 l’iode,
3 Et ses mâts en pleine ville qui disputent les passants,
4 Ses tramways avec leurs pattes de crustacés sont luisants d’eau marine,
5 Le beau rendez-vous de vivants qui lèvent le bras comme pour se partager
6 le ciel,
7 Et les cafés enfantent sur letrottoir hommes et femmes de maintenant avec
8 leurs yeux de phosphore,
9 Leurs verres, leurs tasses, leurs seaux à glace et leurs alcools,
10 Et cela fait un bruit de pieds et de chaises frétillantes.
11 Ici le soleil pense tout haut, c’est une grande lumière qui se mêle à la
12 conversation,
13 Et réjouit la gorge des femmes comme celle des torrents dans la montagne,
14 Il prendles nouveaux venus à partie, les bouscule un peu dans la rue,
15 Et les pousse sans un mot du côté des jolies filles.
16 Et la lune est un singe échappé au baluchon d’un marin
17 Qui vous regarde à travers les barreaux légers de la nuit.
18 Marseille, écoute-moi, je t’en prie, sois attentive,
19 Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec douceur,
20 Reste donc un peutranquille que nous nous regardions un peu
21 O toi toujours en partance
22 Et qui ne peut t’en aller,
23 A cause de toutes ces ancres qui te mordillent sous la mer.
Introduction
Jules Supervielle, dans son recueil Débarcadères, publié en 1927, peint de nombreux paysages marins et côtiers. Dans le poème « Marseille » rédigé en vers libres, il propose une description minutieuse et élogieuse dela cité phocéenne, chère à son coeur. Quelle image de Marseille se dégage du poème? Nous verrons tout d'abord comment Marseille est décrite par le poète, puis quelle relation le poète entretient avec Marseille.
I – Éloge de Marseille
Le poète veut proposer une description précise, sensuelle et affective de la ville.
A – Une description minutieuse
Le regard du poète cherche à engloberla totalité des spectacles qui animent les rues phocéennes. Ainsi sont évoquées non seulement ses infrastructures urbaines (« tramways, cafés ») et ses habitants (« hommes et femmes »). Les structures énumératives (v.10 par exemple) ainsi que l'anaphore de la conjonction de coordination « et » dans de nombreux vers (v. 3, 8, 18 …) témoignent de ce désir de tout dire, de tout englober.
B – Uneville grouillante
A cette précision descriptive s'ajoute la volonté d'animer la description, de rendre la ville de Marseille vivante, et plus encore grouillante. La récurrence des pluriels (v. 1-2-27) ainsi que l'abondance des verbes de mouvement (« sorti, lèvent, enfantent, pousse, prendre ») soulignent cette intranquilité permanente. Ainsi, le poète aspire parfois au repos et à la quiétude («que nous nous regardions un peu » v. 23-24): il aimerait que l'écoute se substitue parfois au « bruit » urbain.
C- Une description sensuelle
Ville grouillante et toujours en mouvement, Marseille est aussi une ville qui comble les sens. En effet, dans les vers de Supervielle, ils sont mis en éveil, réveillés par la beauté de la ville (vue: « mâts luisants »; ouïe : « bruit, tramways »; odorat: « poissons, coquillage »; goût : « coquillage, crustacés »). La ville est source de bien-être, de plaisir et de volupté. Elle est d'ailleurs peuplée de « jolies filles » (v.18) ou de « femmes » aux « gorge(s) » généreuses. Elle rassasie donc l'esprit, mais aussi le corps.
Conclusion partielle et transition:
Ainsi, c'est une description éminemment élogieuse de Marseille que nous proposeJules Supervielle. Le poète entretient avec la ville une relation affective et profonde.
II-Un poète amoureux de Marseille
Le poète éprouve des sentiments positifs à l'égard de la ville.
A-Aimer Marseille comme un père
Tout d'abord, le poète se comporte comme un père, un tuteur à l'égard de Marseille. Ainsi les impératifs (« écoute-moi » v.21; « sois attentive » v.23) laissent entendre...
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